La cathédrale de Cologne (ouest de l’Allemagne) vient de célébrer en même temps que son 750e anniversaire, les sept siècles et demi de travaux, toujours inachevés, qui ont fait d’elle la plus imposante cathédrale du monde chrétien. La traditionnelle messe annuelle a été célébrée en présence de quelque 6.000 invités, parmi lesquels une quarantaine de cardinaux et d’évêques venus du monde entier, une délégation du Saint-Siège emmenée par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat et à ce titre numéro deux du Vatican, ainsi que le chancelier allemand Helmut Kohl. Par ailleurs, depuis le 1er août, des milliers de pèlerins affluent vers Cologne, grossissant le flot des quelque 30.000 touristes du monde entier qui visitent chaque jour la cathédrale (Dom) pendant l’été, selon un porte-parole du vicariat général de Cologne. Des rencontres œcuméniques ont été organisées à leur intention et un marché médiéval a été reconstitué. Les recettes doivent en être reversées à des œuvres caritatives pour les personnes sans domicile, a précisé le vicariat. Le Dom est sorti de terre en plein Moyen-Age, le 15 août 1248, fête de la Sainte Vierge chez les catholiques, avec la pose de la première pierre par l’archevêque Konrad von Hoschtaden. A l’origine: un vol Un vol est à l’origine de cette entreprise sans fin: les saintes reliques des trois rois mages avaient été dérobées en 1162 par l’empereur germanique Frédéric Barberousse lors de sa conquête de Milan et il fallait une église assez majestueuse pour les abriter. La cathédrale de l’époque, construite en style roman, fut purement et simplement démolie, pour faire place aux plans d’un orfèvre, Niklaus von Verdun, inspiré des cathédrales gothiques françaises d’Amiens et de Beauvais (au nord de Paris). Les murs de granit commencèrent à s’élever, lentement, jusqu’au XVIe siècle. A cette époque, le Dom n’est qu’à moitié achevé: la Réforme puis l’avènement du protestantisme gèlent les travaux, le laissant à l’état de gigantesque ruine, néanmoins toujours utilisée, tantôt comme lieu de culte, tantôt comme prison, voire comme réserve de fourrage pour les chevaux des soldats de Napoléon. Une situation qui, en dépit de multiples tentatives de relance des travaux, durera jusqu’en 1823, avec les premières réparations. Puis, en 1814, des habitants de Cologne fondent une association pour l’achèvement du Dom, qui recueille rapidement l’argent nécessaire grâce à une loterie. En 1880, la pose de la dernière pierre, sur la rosace de la tour sud, finit de donner à l’imposante cathédrale – deux flèches culminant à 157 m de hauteur, 86 de large et 144 de long, 10.000 mètres carrés de vitraux – son aspect actuel. En 1945, après les bombardements des Alliés, seul le Dom ou presque reste dressé au milieu des ruines, dans une ville détruite à 90%. Mais, 14 bombes l’ont bien endommagé. Les travaux reprennent. Depuis, la lutte contre la pollution de l’air par les hydrocarbures, ennemie de la pierre, a pris le relais, quasiment en permanence. Le dernier chantier en date a été l’installation d’un orgue monumental, inauguré le 29 juin: un poumon musical de 4.000 tuyaux suspendu par quatre filins d’acier, capable d’occuper tout l’espace sonore démesuré du Dom. «Depuis le premier jour, le Dom a été un chantier et il l’est resté à ce jour», explique le responsable architectural de la cathédrale, Arnold Wolff, assurant «qu’au cours de ce siècle, aucun visiteur n’a jamais pu voir le Dôme sans échafaudage». A Cologne, un dicton populaire prétend d’ailleurs que «quand le Dom sera achevé, le monde s’effondrera en un jour». (AFP)
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