Après une flambée en week-end, on est revenu hier à de meilleurs sentiments sur le front Berry-Hariri, les deux camps promettant derechef de respecter la trêve exigée par Damas. N’empêche qu’à son retour de vacances, le chef du Législatif s’est senti en veine de confidences. Et s’il s’est retenu de parler au sortir de Baabda, pour ne pas embarrasser le chef de l’Etat qu’il venait de voir, il n’a pas pu s’empêcher de convoquer ensuite la presse à son bureau de la Place de l’Etoile. Là, il s’est livré à des critiques à peine voilées à l’encontre de M. Hariri, lui imputant un machiavélisme tactique qu’on soupçonnait peu auparavant… En effet, selon M. Berry, on a mis son absence à profit pour inventer de toutes pièces l’histoire des consultations parlementaires qu’il devait entreprendre en vue de la présidentielle. À l’en croire, il n’y a jamais songé et si on lui a attribué ce projet c’est pour dresser contre lui les députés qui ont presque tous qualifié la procédure de tout à fait inhabituelle, d’hérésie démocratique. Toujours dans le même ordre d’idées et dans la même dénonciation du génie tactique de ses adversaires, M. Berry estime que certaines attaques trop facilement réfutables lancées contre la présidence du Conseil sont orchestrées pour permettre à cette dernière de marquer des points, aux dépens du Législatif. Il soutient ensuite que, contrairement à ce que le camp haririen laisse entendre, le chef du gouvernement n’est nullement favorable à des révisions constitutionnelles. M. Berry insiste sur ce point: l’initiative doit appartenir dans ce domaine à l’Exécutif et il attendra pour sa part l’ouverture éventuelle d’une session extraordinaire pour prendre l’avis de ses pairs sur les amendements proposés. Quoi qu’il en soit, un politicien plutôt neutre note que «M. Berry corrige visiblement le tir à la hâte. Il était en effet encore ici quand on a commencé à parler des consultations parlementaires, ou même élargies, qu’il voudrait entreprendre dans la perspective des présidentielles et s’il n’avait rien confirmé, il n’avait rien démenti non plus. Ce qui lui aurait été du reste assez difficile, car on sait très précisément d’où les fuites provenaient. Pour tout dire, il semble avoir alors lancé un ballon d’essai et il a atteint l’objectif qu’il recherchait puisque les réactions négatives suscitées par le projet lui montrent qu’il vaut mieux y renoncer». D’autant plus facilement que, comme plusieurs députés l’avaient souligné, on ne voit pas l’utilité pratique de telles consultations. En effet, échaudés par l’expérience de 1995, la majorité des parlementaires refusent d’exprimer un quelconque avis personnel sur les présidentielles tant que le mot d’ordre final n’a pas été donné. Ils n’auraient donc rien pu confier à M. Berry sur leurs préférences et il n’aurait rien eu à rapporter comme synthèse aux décideurs. Même les membres de son propre bloc parlementaire ont laissé percer leur surprise de le voir si curieux de recueillir leur opinion sur un sujet où ils n’ont encore aucun avis. Si les choses avaient été clairement décantées, il en aurait été autrement et les députés auraient volontiers révélé pour qui ils voulaient «voter». Mais, dans les conditions actuelles, ils ne sont même pas en mesure de dire si oui ou non ils sont pour l’amendement de l’article 49 de la Constitution, s’ils sont favorables à la prorogation du mandat de M. Elias Hraoui ou à l’élection du général Emile Lahoud… Pour tout dire, M. Berry avait peut-être pensé que, durant son voyage en Italie, les choses auraient mûri et, qu’à son retour, il pourrait se lancer dans les concertations projetées, sinon en tant que président de la Chambre, du moins en tant que leader d’un des plus importants blocs du Parlement. Il s’est donc aperçu qu’il n’y avait eu en son absence aucune évolution, qu’on en restait au même point exactement et que les consultations ne rimeraient à rien. D’autant que M. Berry n’a pas jugé utile de se rendre à Damas après son retour – pour consulter! –, ayant appris que les dirigeants syriens sont pour le moment totalement centrés sur les problèmes régionaux et préfèrent ne pas avoir à se préoccuper des questions libanaises. Surtout que, pour la présidentielle, on a encore tout le temps, à leur avis…
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