Les féministes américaines, qui ont souvent par le passé porté Bill Clinton au pinacle, sont aujourd’hui confrontées au dilemme de condamner le président pour sa conduite personnelle, tout en continuant de soutenir sa politique. Leur malaise, à l’issue de la récente publication du rapport de Kenneth Starr détaillant sa relation sexuelle avec Monica Lewinsky, était perceptible hier lors d’un débat sur le féminisme américain organisé à Washington à l’occasion du 150e anniversaire de la fondation du premier mouvement féministe. Pour la doyenne et l’inspiratrice du féminisme américain, Betty Friedan, auteur il y a 35 ans de «La Mystique féminine», «le bilan de la politique de Bill Clinton en faveur des femmes reste positif». «Je ne défends pas sa conduite personnelle, affirme Betty Friedan. Je le trouve arrogant et libidineux, mais c’est une affaire entre lui et son épouse Hillary». Mais, ajoute-t-elle «on ne fait pas tomber un président pour cela, notre préoccupation doit porter sur ce qui affecte le peuple américain». M. Clinton, qui s’est toujours présenté comme l’avocat des femmes, n’aurait jamais été élu en 1992, puis réélu en 1996, sans le soutien des Américaines. En 1996, M. Clinton a bénéficié de 56% du vote des femmes contre 38% au candidat républicain Bob Dole. Plus que tout autre président américain, il a fait avancer la cause des femmes au gouvernement, nommant pour la première fois une femme à la tête de la justice, Janet Reno. Il a également nommé une femme à la Cour Suprême, Ruth Bader Ginsburg. Le président américain a mené également le combat pour multiplier les initiatives en faveur des femmes au Congrès, notamment pour la garde des enfants, le congé-maternité et l’éducation. Susanna Walters, sociologue de l’université Georgetown de Washington s’indigne pour sa part que «l’obscénité dans l’affaire Lewinsky relève du fait que c’est cela qu’on veut faire passer pour le débat politique en cours aux Etats-Unis». «Il est dans l’intérêt des féministes de s’opposer à cette forme de McCarthysme», ajoute-t-elle, estimant que la relation entre Bill Clinton et Monica Lewinsky «est une affaire de sexe, du sexe pas nécessairement génial, même franchement ennuyeux, mais du sexe tout de même entre deux adultes consentants et c’est tout». «Il est vraiment dangereux, dit Susanna Walters, que le débat actuel sur la moralité porte sur le sexe et non sur la guerre, la pauvreté ou le racisme». «Parler de destitution est tout simplement ridicule, renchérit Betty Friedan qui estime également que «l’immoralité c’est la violence et la pauvreté». Berry Friedan qui a souvent souligné l’importance de la famille et a toujours été opposée à la guerre des sexes a indiqué par ailleurs le «féminisme n’est pas contre le sexe». Patricia Ireland, présidente de la plus importante organisation féministe américaine, NOW (Nationale Organisation of Women) se veut la voix de la raison, même lorsqu’elle est prise à partie par quelqu’un demandant sa démission. «Nous avons toujours dit que la conduite de Bill Clinton n’est pas acceptable, dit-elle, tout chef d’entreprise et a fortiori le président ne devrait profiter de l’aphrodisiaque du pouvoir pour avoir des relations sexuelles avec des stagiaires». «Mais, ce n’est pas illégal, il ne s’agit pas de harcèlement sexuel, il s’agit d’une relation où les deux partenaires étaient consentants», dit Patricia Ireland. Elle indique que les femmes doivent porter leur attention sur d’autres problèmes plus pressants, comme l’éducation, la santé, la réforme du système du «welfare» ou leur représentation au Congrès, où seulement un parlementaire sur neuf est une femme. «La plupart des femmes américaines se soucient plus de leurs propres familles que de celle des Clinton, il ne faut pas tomber dans le piège de la droite», ajoute-t-elle. Les sondages semblent lui donner raison, qui montrent qu’une majorité de l’opinion publique américaine continue de soutenir le président. Hillary Clinton a pour sa part reçu hier 26 parlementaires américaines à la Maison-Blanche pour évoquer les élections primaires qui se déroulent aujourd’hui un peu partout dans le pays. Se refusant à faire le moindre commentaire sur le scandale en cours, elles ont exprimé auprès des journalistes «leur soutien au gouvernement». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les féministes américaines, qui ont souvent par le passé porté Bill Clinton au pinacle, sont aujourd’hui confrontées au dilemme de condamner le président pour sa conduite personnelle, tout en continuant de soutenir sa politique. Leur malaise, à l’issue de la récente publication du rapport de Kenneth Starr détaillant sa relation sexuelle avec Monica Lewinsky, était perceptible hier lors d’un débat sur le féminisme américain organisé à Washington à l’occasion du 150e anniversaire de la fondation du premier mouvement féministe. Pour la doyenne et l’inspiratrice du féminisme américain, Betty Friedan, auteur il y a 35 ans de «La Mystique féminine», «le bilan de la politique de Bill Clinton en faveur des femmes reste positif». «Je ne défends pas sa conduite personnelle, affirme Betty Friedan. Je le trouve...