«Temple des mille Bouddhas»: le panneau indicateur au bord de la route départementale 994 peut surprendre. A quelques kilomètres, une autre pancarte indique «Centre monastique orthodoxe», tandis que le centre œcuménique de Taizé n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres: les contreforts du Morvan semblent être une terre d’élection pour les expériences religieuses. Le Temple des mille Bouddhas est le siège de la congrégation Dashang Kagyu Ling. Non loin de la route, il dresse ses trois étages surmontés d’un clocheton doré et ses murs peints de couleurs vives entre une «folie» de la fin du XIXe siècle et ses deux tours pointues, et les toits d’une ferme morvandelle. Depuis le 25 juillet les quatre lamas résidents sont attachés à la confection d’un mandala et, à l’aide d’un cornet de cuivre frappé à petits coups précis, ils disposent des sables de couleur sur un panneau horizontal de deux mètres de côté. Ils ont commencé par le Bouddha, au centre, et progressent lentement vers les bords pour représenter les quatre régions du monde de la mythologie bouddhiste. Le travail vaut, en finesse, celui des peintures sur soie, les tankas, accrochées autour d’eux dans la galerie supérieure du temple. Et pour éviter de troubler l’ordre délicat des grains de sable, l’un des lamas porte sur la bouche et le nez un masque de chirurgien. Si le sable a été acquis en France, et coloré par les lamas, ils y ont aussi mélangé des sables venus du mont Kailah et du lac Tso Ma Pam, sites himalayens chers aux bouddhistes. Insolite Ce mandala, explique Dominique Avron, responsable de la communication du centre, est celui «des divinités paisibles et irrités du Bardo», cet «intervalle» entre l’achèvement d’une vie et le début d’une nouvelle vie, dans le cycle des réincarnations. «Ce mandala, dit M. Avron, est une belle image, mais le principal est l’esprit. Il vise à préparer à la mort, mais aussi à apporter la paix, aux êtres, à la région, au pays». Comme les mandalas réalisés les deux précédentes années, il sera conservé jusqu’en juillet prochain, puis sera dispersé au cours d’une cérémonie solennelle dans l’Arroux, un affluent de la Loire qui coule à proximité, «afin que ses vertus puissent gagner les océans», selon le vœux des habitants du monastère. Outre les quatre lamas, représentants du bouddhisme tibétain mais originaires du petit royaume himalayen du Bhoutan le temple de Kagyu Ling abrite à l’année en moyenne une quarantaine de résidents, plus nombreux en été que pendant les hivers relativement rudes. Ses stages d’enseignements du bouddhisme et ses retraites sont suivis chaque année par quelque 2.000 personnes, qui souhaitent découvrir le bouddhisme, ou approfondir leurs connaissances, et alternent enseignements, séances de méditations et cérémonies rituelles accompagnés de cymbales et de tambours. Chaque année également, le temple accueille de 40.000 à 50.000 visiteurs, attirés par cet édifice insolite au milieu des collines, son stupa blanc avec une paire d’yeux scrutateurs peints sur chaque face – le premier édifié en Europe – et les hauts mâts où flottent des bannières sur lesquelles sont imprimées des prières, afin que le vent les emporte au loin. Mais il est des résidents que les visiteurs ne voient pas: abrités derrière les arbres et de hauts murs, complètement isolés dans deux enceintes séparées, six hommes et six femmes observent la «grande retraite» de trois ans, trois mois et trois jours. Ils n’en sortiront qu’en février prochain.
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