Les dissidents chinois ont dans l’ensemble exprimé leur vive déception mardi à l’issue de la visite en Chine du haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Mary Robinson, estimant que celle-ci n’avait pas répondu à leurs revendications. PÉKIN «C’est un échec», a commenté Xu Wenli, le dissident vétéran qui a fait 12 ans de prison pour avoir participé au mouvement du Mur de la Démocratie à Pékin à la fin des années 70. «Plusieurs incidents se sont déroulés pendant sa visite sans qu’elle réagisse, et même lorsqu’un incident s’est produit devant elle, sa réaction a été très modérée», a-t-il dit, en faisant allusion à l’interpellation le 9 septembre par la police de Chu Hailan, de la femme d’un dissident emprisonné, alors que celle-ci tentait de rencontrer Mme Robinson. Mme Chu a été relâchée quelques heures plus tard tandis que le haut commissaire protestait pour la forme auprès du ministère chinois des Affaires étrangères. «Elle aurait dû suspendre sa visite en guise de protestation», a estimé M. Xu. A l’exception de cet incident, Mme Robinson a soigneusement évité de soulever publiquement le problème des dissidents durant sa visite de 10 jours, la première en Chine d’un haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, afin de ne pas indisposer les autorités chinoises. En venant en Chine, elle s’était fixé un objectif plutôt modeste — poser les jalons d’un début de coopération avec le gouvernement chinois — qu’elle a largement atteint, notamment avec l’engagement de Pékin de signer d’ici à la fin novembre la Convention internationale sur les droits civils et politiques. Mais elle ne pouvait dès lors, notent les analystes, que décevoir les dissidents qui espéraient obtenir d’elle un soutien explicite à leurs revendications. Ces derniers ont multiplié les pétitions, appels et lettres ouvertes ces derniers jours pour lui demander des entretiens ou des interventions auprès des autorités chinoises afin de faire libérer des dissidents emprisonnés. Un bon signe «Elle aurait au moins pu répondre aux lettres», a estimé Han Lifa, un dissident de Shanghai qui avait, comme de nombreux autres dissidents, demandé à la rencontrer. Des pétitions collectives de dissidents ont également dénoncé le système de la détention arbitraire, qui permet à la police chinoise de détenir des suspects sans jugement pendant trois ans, ou encore réclamé le droit pour les dissidents exilés à l’étranger de pouvoir revenir en Chine. «Mme Robinson aurait dû forcer la Chine à libérer les prisonniers politiques», a déclaré pour sa part Leng Wanbao, un dissident du Liaoning (nord-est) qui vient de déposer une reconnaissance du Parti démocrate chinois (PDC) auprès des autorités de la province. «J’espère, a-t-il ajouté, que Mme Robinson a demandé à la Chine de ne pas se contenter de respecter les droits de l’homme en paroles, mais de le faire également en actes». «Elle aurait dû visiter les prisons», a estimé pour sa part le dissident Ren Wanding, qui a passé plus de 10 ans au total dans les prisons chinoises entre 1979 et 1983 et à nouveau entre 1990 et 1996. Il a ajouté qu’en refusant de rencontrer des dissidents, elle avait «suivi l’exemple américain», une allusion au président Bill Clinton qui n’avait pas non plus rencontré de dissidents durant sa visite historique en Chine en juin. Mais au-delà de la déception transparaissait toutefois l’espoir que la visite de Mme Robinson constituerait «un début». «C’est un bon signe, c’est le signe que la Chine commence à reconnaître la notion de droits de l’homme», a déclaré Bao Tong, le secrétaire de l’ancien premier ministre Zhao Ziyang, libéré l’an dernier après sept ans de détention. Son optimisme prudent était partagé mardi par Qin Yongming, un dissident de Wuhan (centre), ainsi que par le dissident du Zhejiang (est) Wang Youcai qui a fait plusieurs semaines de prison cet été après avoir déposé une demande de reconnaissance du PDC pendant la visite de Bill Clinton en Chine. Mais, ajoute ce dernier, «nous ne devons jamais oublier qu’en Chine, c’est le Parti communiste qui décide en fin de compte des choix politiques». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les dissidents chinois ont dans l’ensemble exprimé leur vive déception mardi à l’issue de la visite en Chine du haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Mary Robinson, estimant que celle-ci n’avait pas répondu à leurs revendications. PÉKIN «C’est un échec», a commenté Xu Wenli, le dissident vétéran qui a fait 12 ans de prison pour avoir participé au mouvement du Mur de la Démocratie à Pékin à la fin des années 70. «Plusieurs incidents se sont déroulés pendant sa visite sans qu’elle réagisse, et même lorsqu’un incident s’est produit devant elle, sa réaction a été très modérée», a-t-il dit, en faisant allusion à l’interpellation le 9 septembre par la police de Chu Hailan, de la femme d’un dissident emprisonné, alors que celle-ci tentait de rencontrer Mme Robinson. Mme Chu a...