Après le nouveau refus par la Douma russe, pour la deuxième fois, de la candidature de Viktor Tchernomyrdine au poste de premier ministre, le président Boris Eltsine pourrait décider de proposer au troisième tour un autre candidat. Plusieurs personnalités sont citées dans les milieux politiques comme possibles «premiers ministrables». Mais trois d’entre eux ont déjà fait savoir qu’ils n’étaient pas intéressés par le poste. Ce sont MM. Loujkov, Primakov et Stroïev. l EVGUENI PRIMAKOV Le ministre des Affaires étrangères sortant, apparatchik discret de 68 ans préférant les discussions à huis clos et la diplomatie aux grandes déclarations, a été brusquement amené sur le devant de la scène la semaine dernière lorsqu’à la fois les communistes et le réformateur Grigori Iavlinski ont proposé sa candidature. Membre du politburo du PC soviétique en 1989-90, chef des services secrets russes de 1991 à 1996, il est apprécié des communistes qui aiment particulièrement son intransigeance vis-à-vis des Etats-Unis. Son absence d’ambitions présidentielles avouées pourrait lui valoir la préférence de Boris Eltsine. l IOURI LOUJKOV L’énergique maire de Moscou, 61 ans, est extrêmement populaire dans la capitale, où ses administrés, visiblement satisfaits de cette véritable vitrine d’une vie à l’occidentale qu’il a fait de la capitale, l’ont réélu en 1996 avec 90% des voix. Cet ancien responsable de jeunesses communistes, nationaliste et très critique du programme national de privatisation, qui a su combiner à Moscou pratiques autoritaires de l’époque communiste et encouragements au capitalisme débridé, est considéré depuis plusieurs années déjà comme un possible successeur de Boris Eltsine. l EGOR STROÏEV Le président du Conseil de la Fédération, la Chambre haute du Parlement, est gouverneur de la région d’Orel, l’un des bastions communistes qui constituent la «ceinture rouge». A 61 ans, M. Stroïev a toutefois tenté de se donner plutôt une image de faiseur de paix, restant en bons termes avec le président tout en manœuvrant pour tenter d’obtenir un poste important au gouvernement. Son habitude de la négociation en ferait sans doute pour M. Eltsine un premier ministre plutôt docile, dont les convictions économiques sont peu définies. l IOURI MASLIOUKOV Seul ministre communiste du gouvernement sortant, proposé par le PC comme candidat premier ministre, cet homme de 60 ans issu du complexe militaro-industriel est un partisan farouche du soutien à l’industrie nationale. Vice-ministre soviétique de l’Industrie de la défense de 1979 à 1982, président du Gosplan (planification d’Etat) de 1988 à 191, il avait demandé au gouvernement un renforcement de son ministère de l’Industrie. l VIKTOR GUERACHTCHENKO L’ancien président de la Banque centrale soviétique, puis russe jusqu’en 1994, Viktor Guerachtchenko, 60 ans, avait été limogé le 11 octobre 1994 à la suite de l’effondrement du rouble lors du «mardi noir». Conservateur, mais opportuniste, soutenant tour à tour la monnaie et les intérêts des milieux industriels, il n’avait pas hésité pendant de longs mois à faire marcher à fond la planche à billets alors que la hausse des prix dépassait les 2.000%. Membre du PCUS pendant 30 ans, il avait fini sa carrière au comité central. l GRIGORI IAVLINSKI Dirigeant de la fraction démocrate d’opposition Iabloko, cet économiste de 46 ans est très critique à l’égard de la politique gouvernementale de Boris Eltsine depuis le début, et s’est toujours refusé à entrer au gouvernement. Il a toutefois changé d’avis devant la crise actuelle, mais cet auteur à l’époque Gorbatchev du «plan de 500 jours» qui proposait un passage rapide de l’économie dirigée à l’économie de marché a peu de chance de réunir les suffrages des forces de gauche. l ALEXANDRE LEBED Outsider que l’entourage d’Eltsine avait vu avec inquiétude entrer au gouvernement en 1996 et avait fait chasser quelques mois plus tard, cet ancien général parachutiste de 48 ans est revenu sur la scène politique au printemps en se faisant élire gouverneur de l’immense et riche région sibérienne de Krasnoïarsk. Surprenant troisième à l’élection présidentielle de juin 1996, ce qui avait obligé Eltsine à lui donner un poste en échange de son soutien au deuxième tour, le général qui décrivit un jour le Chilien Augusto Pinochet comme l’un de ses modèles ne cache pas qu’il compte toujours bien succéder à Boris Eltsine. Si son rôle dans la fin de la guerre de Tchétchénie (décembre 1994-août 1996) lui a permis de montrer son efficacité, il admet en revanche qu’il ne connaît rien à l’économie. (AFP - Reuters)
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