«Vous finirez ce procès avec juste les militaires, ce sont les seuls à être obligés de rester jusqu’au bout!», avait dit Mohamed Chalabi au début de son procès. Au soir de la neuvième audience, le fait est que la plupart des avocats et une grande partie des prévenus ont déserté le gymnase transformé en tribunal. La 11e Chambre correctionnelle de Paris s’est en effet délocalisée depuis le 1er septembre dans un gymnase face à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (banlieue parisienne) pour juger les 138 membres du réseau islamiste Chalabi dans un procès qui doit durer deux mois. D’une capacité de 600 places, l’aménagement du gymnase et sa remise en état d’après procès auront coûté 10 millions de francs à la chancellerie. Dès le premier jour, la plupart des avocats quittaient le prétoire en dénonçant le «procès de masse». Au troisième jour, les 27 prévenus détenus quittaient l’audience dans une grande confusion après une intervention de Chalabi qui résumait son opinion par un: «Ça a commencé par une cabale policière, un simulacre d’instruction, et maintenant une mascarade judiciaire». Seuls trois détenus sont revenus le lendemain et continuent à assister aux audiences. La salle, trop petite pour contenir prévenus, avocats, public et journalistes le premier jour, est vite devenue immense. Trois ou quatre journalistes tentent d’entendre les rares avocats présents assis derrière les chaises vides réservées aux avocats et aux prévenus libres. Le public ne se compose plus que de trois proches de certains des prévenus et d’un jeune étudiant en droit assidu depuis le début. Seuls six prévenus libres étaient encore dans la salle ce week-end, leur nombre se réduisant de jour en jour. Ce «procès inéquitable et honteux» pour les avocats qui boycottent le tribunal a provoqué une polémique tardive puisque l’audience de fixation avait eu lieu le 5 mai dernier. Envol outré et théâtral Les travaux dans le gymnase de l’administration pénitentiaire avaient débuté en mars, sans provoquer de levée de bouclier. Mardi, 53 personnalités ont lancé un appel dans «Le Monde» «contre les procès de masse». Parmi les signataires, l’abbé Pierre, Danielle Mitterand, des représentants du syndicat de la magistrature et d’autres avocats ou habitués de la défense des droits de l’homme. Parmi les quelques avocats qui ont choisi d’assurer la défense de leurs clients, certains assurent avoir «hésité». D’accord avec leurs confrères sur le principe, ils estiment être à leur place en assistant leurs clients «surtout dans des circonstances difficiles». Même l’ancien juge antiterroriste Alain Marsaud a estimé qu’il ne «faut pas recommencer de procès d’une telle envergure». D’autres, comme Me Joseph Cohen-Sabban, dénoncent «l’envol outré et théâtral des robes noires». Au plus fort de la polémique, Claude Nocquet, 1re vice-présidente du tribunal de Paris, a estimé que l’on reproche à la justice de «faire un procès de masse, mais c’est faire injure aux magistrats de penser qu’ils ne peuvent juger au-delà d’un certain nombre de prévenus». Refusant de s’exprimer sur le fait que 138 personnes soient jugées à la fois, le ministre de la Justice Elisabeth Guigou a toutefois reconnu, mercredi dernier, que le gymnase de l’administration pénitentiaire n’était pas «l’idéal». Elle a estimé qu’à l’avenir, il vaudrait mieux «réfléchir en amont plutôt que d’avoir à prendre des décisions un peu en catastrophe». Dans la confusion peut-être, ce procès va néanmoins se poursuivre et ne peut légalement qu’aller à son terme, sauf succès peu probable de la requête en suspicion légitime, déposée par les avocats, pour retirer l’affaire au tribunal de Paris. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Vous finirez ce procès avec juste les militaires, ce sont les seuls à être obligés de rester jusqu’au bout!», avait dit Mohamed Chalabi au début de son procès. Au soir de la neuvième audience, le fait est que la plupart des avocats et une grande partie des prévenus ont déserté le gymnase transformé en tribunal. La 11e Chambre correctionnelle de Paris s’est en effet délocalisée depuis le 1er septembre dans un gymnase face à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (banlieue parisienne) pour juger les 138 membres du réseau islamiste Chalabi dans un procès qui doit durer deux mois. D’une capacité de 600 places, l’aménagement du gymnase et sa remise en état d’après procès auront coûté 10 millions de francs à la chancellerie. Dès le premier jour, la plupart des avocats quittaient le prétoire en...