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Actualités - Chronologie

Saving Private Ryan Le bruit et la fureur

Deux jours après sa présentation à Venise, «Saving Private Ryan» vient secouer une paisible cité balnéaire en restituant le mieux possible des événements sanglants survenus plus d’un demi-siècle auparavant non loin de là. Bien que l’histoire se déroule durant la Seconde Guerre mondiale et ne fasse – apparemment – aucune concession au spectacle (au sens de l’«entertainment»), le dernier film de Steven Spielberg est, comme souvent, un gros succès aux Etats-Unis. A preuve, les quelque 150 millions de dollars récoltés en cinq semaines d’exploitation. Une aubaine pour Dreamworks, le studio qui a produit le film et dont Spielberg est cofondateur, si l’on songe que le réalisateur de «Duel» n’avait pas fait grande impression avec «Amistad», histoire anti-esclavagiste pleine de bons sentiments. «Saving Private Ryan» a, il est vrai, un écho particulier en Amérique puisque l’action démarre le 6 juin 1944, et plus particulièrement à Omaha Beach, la plus ensanglantée des cinq plages du débarquement en Normandie. Le carnage, à l’écran comme dans la réalité, était garanti et de ce point de vue, Spielberg n’a pas fait dans la demi-mesure. Un traitement particulier de l’image, d’épaississement du grain et de suppression de 60% de la couleur, renforcent l’aspect documentaire donné par une caméra aussi affolée que les combattants. Huit d’entre eux, emmenés par le capitaine Miller (Tom Hanks), une fois débarqués, doivent aller récupérer un parachutiste nommé Ryan (Matt Damon). Au motif, qu’il est le dernier survivant des quatre frères de la famille. La mission sera accomplie mais au prix le plus fort. Le film s’ouvre et se clôt sur le pèlerinage que Ryan effectue, un demi-siècle plus tard, en Normandie sur la tombe du capitaine Miller. Génie En tant que metteur en scène, l’art de Spielberg confine au génie. Sa virtuosité durant les scènes de combat est étourdissante et le travail de reconstitution, tant au niveau des effets visuels que sonores, est ahurissant. A l’aise dans le bruit et la fureur, il se montre beaucoup plus conventionnel dans les moments d’apaisement. La scène du pèlerinage paraît ainsi beaucoup trop appuyée à tous points de vue pour être tout à fait honnête. Lors de la conférence de presse très suivie donnée en présence d’une partie de la distribution du film, Spielberg a jugé qu’il était sans doute pertinent de remettre en mémoire des faits historiques encore frais, pour des Américains qui vivent surtout dans le présent. Il a rappelé que l’année dernière, à la même époque, son équipe tournait précisément la scène du cimetière «dans le plus grand respect, ayant conscience du prix qui avait été payé sur la plage». Prié de dire si le message de «The Schindler’s List», d’«Amistad» et de «Ryan» revenait à un devoir de mémoire, Spielberg a répondu: «Oui, c’est vrai», tout en ayant souligné un peu auparavant que chacun devait se faire sa propre interprétation. A ce niveau-là, il prête le flanc à la critique. Sans que celle-ci se justifie toujours. Interrogé sur la présence jugée sempiternelle, du point de vue européen, d’un drapeau américain en gros plan, Spielberg a répondu la chose suivante: «Le drapeau américain n’est pas un cliché et à mon goût, il s’imposait tout à fait. Nous autres les Américains, nous faisons preuve de cynisme vis-à-vis des couleurs nationales». Héroïsme et nécessité Quant aux influences éventuelles qu’il aurait pu subir, Spielberg a cité en vrac celles de «Patton, Eisenhower, Churchill, Roosevelt, Montgomery». Mais aussi, «techniquement (...) huit photos prises par le photographe Robert Capa à Omaha Beach». Filmiquement, «A l’ouest rien de nouveau», un film de Lewis Milestone des années 30 tiré du roman éponyme d’Erich Maria Remarque, est pour lui une référence du film de guerre. La presse anglo-saxonne s’est parfois fait l’écho d’une prétendue redécouverte du vrai visage de la Seconde Guerre mondiale, dont le public serait tributaire à «Saving Private Ryan». Quant à l’illusionnisme, il en est du cinéma comme de la peinture, et de montrer un GI qui ramasse son bras droit arraché par un éclat de mortier ou un autre dont le visage a explosé n’en apprend pas plus sur les horreurs de la Seconde Guerre mondiale qu’un «GI Joe» de William Wellman, qui remonte à 1945. Au début des années 80, Samuel Fuller, qu’on ne peut soupçonner de faire dans la bluette, livrait déjà un film cru sur la question, avec «The Big Red One». «Fuller n’était pas du tout content que la production ne lui ait pas permis d’être aussi honnête qu’il l’aurait voulu», a toutefois fait valoir Spielberg. Au niveau même de la cruauté et de l’âpreté des combattants, «Attack», de Robert Aldrich, avait réglé la question. Quant à la véracité et à la virtuosité, «Croix de Fer», de Sam Peckinpah pour ne citer que lui, en a à revendre. En tant que film, «Saving Private Ryan» peut prétendre à se situer à leur niveau, rien de plus, rien de moins. Et Spielberg rentrera de toutes façons dans les annales du cinéma. Tout rapprochement du film de Spielberg avec «Le jour le plus long», produit par Daryl Zanuck au début des années 60, en vue de les opposer est superflu. Le premier est plus «cru» que le second mais c’est plutôt l’époque qui veut ça. «Ryan» narre une histoire particulière survenue durant le Jour J. «The Longest Day» en raconte de multiples et donc sur des registres différents. L’un ne peut pas même se départir des touches d’héroïsme de l’autre puisque dans les deux cas l’héroïsme naît de la nécessité. (Reuters)
Deux jours après sa présentation à Venise, «Saving Private Ryan» vient secouer une paisible cité balnéaire en restituant le mieux possible des événements sanglants survenus plus d’un demi-siècle auparavant non loin de là. Bien que l’histoire se déroule durant la Seconde Guerre mondiale et ne fasse – apparemment – aucune concession au spectacle (au sens de l’«entertainment»), le dernier film de Steven Spielberg est, comme souvent, un gros succès aux Etats-Unis. A preuve, les quelque 150 millions de dollars récoltés en cinq semaines d’exploitation. Une aubaine pour Dreamworks, le studio qui a produit le film et dont Spielberg est cofondateur, si l’on songe que le réalisateur de «Duel» n’avait pas fait grande impression avec «Amistad», histoire anti-esclavagiste pleine de bons sentiments. «Saving...