«Le silence», du cinéaste iranien Mohsen Makhmalbaf, présenté lundi en compétition pour le Lion d’or à la Mostra de Venise, est une symphonie d’images, de couleurs et de sons dont le héros est un garçonnet aveugle qui se laisse envoûter par la musique et les bruits de la ville, sa fenêtre sur le monde. Pour son quinzième long métrage, le réalisateur du «Cycliste», du «Temps de l’amour» et de «Salam cinéma», est allé tourner au Tadjikistan l’histoire de Khorshid, 10 ans, qui vit seul avec sa mère. Lorsqu’il prend l’autobus pour aller chez le luthier où il est accordeur, l’enfant rêveur doit, selon les recommandations de sa mère, se boucher les oreilles pour ne pas se laisser distraire. A l’arrivée, l’attend Nadereh, une gracieuse et coquette gamine de son âge, aux longues tresses noires qui, parfois, l’entraîne au bord de la rivière. Malgré les consignes, Khorshid, un jour, écoute un musicien et s’égare en le suivant dans les rues. Il risque d’être renvoyé de son travail et sa mère d’être expulsée parce que le loyer n’a pas été payé. L’inspiration du film «remonte à mon enfance, on peut même dire que c’est mon histoire», explique Mohsen Makhmalbaf. «Quand j’étais môme, ma grand-mère me disait toujours «si tu entends de la musique dans la rue, bouche-toi les oreilles sinon tu iras en enfer». Plus tard, j’ai lu l’histoire de Beethoven et de la Ve Symphonie et j’ai mélangé tout ça. On dit qu’elle lui a été inspirée par son propriétaire qui frappait à sa porte pour réclamer le loyer», dit-il. Vivre dans l’instant La philosophie du «Silence» est qu’il «faut vivre dans l’instant», dit-il, en expliquant que l’autre inspiration de ce film impressionniste vient des poèmes du grand poète persan Khayam qui célébraient les plaisirs de la vie. Mohsen Makhmalbaf illustre sa vision poétique par de ravissants tableaux: Nadereh accroche des cerises en guise de boucles d’oreilles, décore ses ongles de pétales de dahlias couleurs fuchsia ou bien danse avec la grâce d’une petite déesse indienne. La caméra suit Khorshid aux ateliers de cuivre, dans les souks, où des enfants martèlent le métal, va jusqu’au fleuve où des musiciens nomades jouent de l’oud tandis qu’un cheval blanc galope en faisant jaillir l’eau. Le cinéaste, dont deux films sont toujours bloqués par la censure en Iran et qui n’a pu tourner pendant deux ans, s’est replié sur le Tadjikistan voisin pour «Le silence» parce qu’on y «parle un persan plus poétique, plus imagé et les vêtements y sont beaucoup plus colorés». En Iran, le plan où Nadereh danse a été coupé car là-bas, «le seul fait de danser est choquant». Pour protester, le film n’y a pas encore été montré. Mais le réalisateur a récupéré le bout de négatif qui figure dans la version projetée à Venise. Mohsen Makhmalbaf, né en 1957 dans un quartier pauvre de Téhéran, n’en est pas à un déboire près. Islamiste luttant contre le Shah dans sa jeunesse, il a fait de la prison. Plus tard, les islamistes au pouvoir lui ont reproché une «certaine déviance». Tous les acteurs du «Silence» sont tadjiks et le petit Khorshid, découvert dans la rue où il était mendiant, est en fait une fille, du nom de Tamineh Normatova. Les responsables du Tadjikistan ne lui ont pas permis de venir au festival. «La seule chose que j’ai pu faire a été de l’inscrire dans une école de musique», dit le réalisateur qui ajoute: «Tamineh a maintenant 11 ans. Mais sur la carte d’identité que nous lui avons fait faire pour pouvoir l’inscrire, elle a officiellement 7 ans. Encore un subterfuge».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Le silence», du cinéaste iranien Mohsen Makhmalbaf, présenté lundi en compétition pour le Lion d’or à la Mostra de Venise, est une symphonie d’images, de couleurs et de sons dont le héros est un garçonnet aveugle qui se laisse envoûter par la musique et les bruits de la ville, sa fenêtre sur le monde. Pour son quinzième long métrage, le réalisateur du «Cycliste», du «Temps de l’amour» et de «Salam cinéma», est allé tourner au Tadjikistan l’histoire de Khorshid, 10 ans, qui vit seul avec sa mère. Lorsqu’il prend l’autobus pour aller chez le luthier où il est accordeur, l’enfant rêveur doit, selon les recommandations de sa mère, se boucher les oreilles pour ne pas se laisser distraire. A l’arrivée, l’attend Nadereh, une gracieuse et coquette gamine de son âge, aux longues tresses noires qui,...