Les autorités monétaires ukrainiennes ont fermé provisoirement le marché des changes interbancaires alors que Kiev se prépare vendredi à dévaluer de facto sa monnaie et risque de succomber à la tourmente financière venue de Russie. Le vice-premier ministre ukrainien chargé de l’Economie Serguï Tiguipko a annoncé que la fourchette de fluctuation de la devise nationale serait élargie vendredi, sans en préciser les limites. «Cela risque d’avoir un impact dévastateur sur la confiance des investisseurs», a indiqué à l’AFP un responsable de la branche ukrainienne de la Société Générale, Denis Mikhov. Les autorités monétaires ukrainiennes ont déjà pris la décision jeudi de fermer le marché des changes après leur échec à stopper la lente glissade de la monnaie nationale, la hryvnia, depuis le déclenchement de la crise russe le 17 août. Facteur aggravant, les réserves de la Banque nationale d’Ukraine (BNU) ont fondu comme neige au soleil et ne dépassent pas aujourd’hui 800 millions de dollars (or et liquidités confondus). Dans ces conditions, un «réajustement» du corridor monétaire fixé jusqu’à présent entre 1,8 et 2,25 hryvnias contre un dollar est devenu inévitable, estiment les analystes. La hryvnia était d’ailleurs considérée par de nombreux spécialistes comme surévaluée. La BNU avait en partie réussi à contrôler ces derniers mois la masse monétaire en laissant s’accumuler les arriérés de salaires. Le président ukrainien Léonid Koutchma a beau affirmé haut et fort que toute forte dévaluation de la monnaie est exclue, beaucoup d’analystes estiment que la fragile économie de cette ancienne république soviétique est au bord du gouffre et s’attendent à une prochaine chute de 30 à 40% de la hryvnia. «La crise monte et nous sommes emportés par le tourbillon de la tempête russe», explique une responsable de la banque ukrainienne Pravex Bank. «Les prémisses sont les mêmes qu’en Russie: fermeture du marché des changes, rééchelonnement d’urgence de la dette extérieure et intérieure, et prochaine dévaluation de la hryvnia», poursuit-elle, ajoutant que l’incertitude grandissante des entrepreneurs jouait aussi contre l’Ukraine. La crise financière russe se fait en effet chaque jour plus pressante sur l’économie ukrainienne qui souffre grosso modo des mêmes maux que celle de son grand voisin slave: des réformes structurelles hésitantes, une lourde fiscalité, une insuffisante collecte des impôts et une corruption chronique à tous les niveaux de l’Etat. «Je crains fort que l’économie de l’Ukraine ne s’écroule», estime encore plus pessimiste un responsable de la plus importante banque ukrainienne, la banque Ukraïna. Pour l’économie ukrainienne, déjà mise à mal par la crise asiatique, l’impact d’une nouvelle tempête financière risque d’être dévastateur: effondrement du système bancaire, redémarrage de l’inflation et fuite des capitaux étrangers. «Un tiers des banques ukrainiennes pourraient fermer leurs portes» dans le cas d’une forte dévaluation de la hryvnia, car beaucoup d’entre elles ont conclu d’importants contrats en dollars, explique William Senkiw, directeur de l’antenne ukrainienne de la firme d’audit internationale Arthur Andersen. Dans l’immédiat, seul l’octroi d’un prêt du Fonds monétaire international (FMI) de 2,2 milliards de dollars pourrait donner une bouffée d’oxygène au gouvernement ukrainien, une partie de cette somme devant en effet servir à prévenir un effondrement de la hryvnia. Le Conseil des directeurs du FMI doit se prononcer sur cette question vendredi en fin d’après-midi, selon Kiev. A plus long terme, les analystes estiment que l’argent du FMI, ou de tout autre créditeur international, ne pourra pas sauver l’Ukraine si celle-ci ne s’engage pas plus fermement dans la voie des réformes structurelles. «Il faut avant tout relancer le processus des privatisations et améliorer la collecte des impôts pour renflouer les caisses de l’Etat» et rembourser une partie de la dette qui a atteint la somme astronomique de 15 milliards de dollars, explique encore la représentante de Pravex Bank. (AFP)
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