La petite communauté des chrétiens pakistanais craint de voir restreintes ses libertés religieuses en cas d’adoption d’une loi visant à renforcer la Charia dans le pays qui doit être débattue à partir de vendredi prochain au Parlement. Les parlementaires chrétiens ont menacé de démissionner pour manifester leurs craintes à la veille du débat sur ce projet de loi du premier ministre Nawaz Sharif, qui prévoit que le Coran et la sunnah (la tradition musulmane) deviendront «lois suprêmes du pays», ont affirmé des responsables de la minorité religieuse. Ces parlementaires, qui jusqu’à présent soutenaient le gouvernement de M. Sharif, ont demandé le retrait du projet de loi, tout comme la conférence épiscopale pakistanaise qui a écrit une lettre en ce sens au premier ministre, ont précisé ces sources. «La loi proposée va abroger plusieurs clauses de la Constitution», ce qui aura pour effet de «limiter la liberté religieuse», a estimé Mgr Alexandre John Malik, évêque de Lahore, au Penjab. Ces protestations ont conduit M. Sharif à affirmer, au cours d’une réunion des parlementaires de son parti, la Ligue musulmane pakistanaise, que les droits des minorités, des femmes et des autres segments défavorisés de la société seraient protégés. Les chrétiens représentent 4 à 5 millions de personnes, soit 3% environ de la population totale de ce pays de 140 millions de musulmans. Missile islamique M. Sharif a annoncé il y a une semaine cette islamisation pour tenter de redonner des couleurs à son gouvernement qui vacille sous les effets d’une grave crise économique et de l’activisme accru des partis religieux après les frappes aériennes américaines en Afghanistan, ont affirmé les dirigeants de l’opposition. «Il a essayé de détourner l’attention (…) des missiles de croisière américains en lançant son propre missile islamique», a ainsi estimé Ghafoor Ahmed, le vice-président du principal parti fondamentaliste, Jamaat-i-Islami. L’ancien premier ministre Benazir Bhutto a jugé que M. Sharif «employait à mauvais escient le nom sacré de l’islam» pour détourner l’attention des Pakistanais de leurs problèmes. La Commission des droits de l’homme au Pakistan a appelé le premier ministre à «reconsidérer sérieusement» les conséquences à long terme de ses actions, craignant qu’elles ne «déclenchent une plus importante intolérance religieuse». La communauté chrétienne au Pakistan vit depuis longtemps des jours difficiles. En mai dernier, un évêque s’est suicidé devant le palais de justice de Sahiwal pour protester contre la condamnation à mort d’un chrétien pour blasphème envers l’islam. Une loi mise en place en 1985 par le dictateur Zia ul-Haq prévoit la peine de mort pour les blasphémateurs. Cette loi a souvent été utilisée contre les minorités religieuses et parfois même pour des crimes de droit commun. Il arrive que le meurtrier d’un membre d’une minorité religieuse — chrétiens, sikhs, hindous ou ahmadis (une secte d’anciens musulmans) — invoque cette loi pour se faire absoudre quel que soit le motif réel de la dispute. Il y a quelques mois, un village de 1.300 chrétiens du Penjab a été pillé et détruit par des intégristes musulmans à la suite d’allégations de profanation du Coran. Plusieurs églises avaient été brûlées alors dans la région. L’enquête avait ensuite établi que la rumeur était fausse et avait été propagée par des policiers qui voulaient se venger des chrétiens qui les avaient accusés d’avoir profané la Bible, ce qui leur avait valu des sanctions administratives. (AFP)
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