Un an après sa mort, Mère Teresa laisse un «vide impossible à combler» même si la congrégation des Missionnaires de la Charité poursuit son œuvre humanitaire, selon l’écrivain français Dominique Lapierre. «Je suis orphelin tout en sachant que ce qu’elle a semé continue à croître», a déclaré l’auteur de la «Cité de la Joie», interrogé dans sa villa de Ramatuelle, près de Saint-Tropez (Sud-Est). Vendu à 8 millions d’exemplaires en 31 langues, son best-seller, dont fut également tiré un film, a largement contribué à faire connaître au monde l’action du prix Nobel de la paix en faveur des déshérités et des mourants de Calcutta. «C’était une sainte», se souvient ce catholique pratiquant, qui s’est converti à l’action humanitaire après sa rencontre avec Mère Teresa, décédée le 5 septembre 1997. En 1981, il a fondé avec son épouse l’association «Action pour les enfants lépreux de Calcutta», à laquelle il a consacré une partie de ses droits d’auteur. Comment, se demande l’écrivain, poursuivre aujourd’hui l’œuvre entreprise en 1950 par la fondatrice des Missionnaires de la Charité, cette petite femme «très, très autoritaire» et «tellement charismatique»? La tâche incombe désormais à sœur Nirmala, élue à la tête de la congrégation quelques mois avant la mort de son «guide». Hindoue convertie au christianisme, cette discrète religieuse contemplative succède à un infatigable «bulldozer» qui travaillait «avec pragmatisme» et voyageait inlassablement dans le monde entier, souligne Dominique Lapierre. «La difficulté pour sœur Nirmala est de maintenir une cohérence et de faire régner une autorité sur cette multinationale de la charité», qui compte 5.000 sœurs dans 140 pays et 600 institutions, estime-t-il. Le «seul échec» Déjà, selon lui, elle est parvenue à s’imposer, permettant à l’ordre de «poursuivre son but humanitaire» et d’enregistrer une progression des vocations de 10%. Mais «la mort de Mère Teresa a créé un vide que sœur Nirmala ne comblera pas». Sa disparition, dit-il, a laissé le monde livré à «sa solitude», privé de cette «onde d’amour» qui offrait «une réassurance contre le malheur». Elle avait pourtant ses détracteurs qui critiquaient son refus catégorique de la contraception et de l’avortement dans un pays surpeuplé. Mère Teresa préférait enseigner aux femmes la régulation naturelle des naissances, «à condition que le mari soit d’accord», commente Dominique Lapierre. Elle voulait, l’a-t-on accusée, multiplier les conversions. Faux, réplique l’écrivain. Même si les principales religions de l’Inde, l’hindouisme et l’islam, la laissaient indifférente. Le «seul échec» de Mère Teresa, selon lui, c’est de n’avoir pu implanter sa congrégation en Chine en raison d’un désaccord persistant avec Pékin. Après «18 ans de longue association» avec le prix Nobel, Dominique Lapierre a écrit le scénario d’un film biographique, «Mère Teresa, au nom des pauvres de Dieu», dans lequel Geraldine Chaplin incarne l’héroïne. Un hommage finalement jugé trop spectaculaire par la religieuse, qui a voulu lui retirer son autorisation. Aujourd’hui, l’auteur, qui attribue cette polémique à «l’entourage» de Mère Teresa, regrette qu’elle n’ait pu voir le film. Bien loin de Calcutta, l’auteur à succès est pressé de regagner son bureau pour relire la traduction anglaise de son dernier ouvrage, «Mille Soleils», consacré aux rencontres de sa vie, déjà vendu en Europe à plus d’un million d’exemplaires. De Mère Teresa, il se rappelle la frêle silhouette en sari blanc et bleu «sur la ligne de feu à Beyrouth, avec un enfant dans les bras». Si elle avait accepté d’utiliser sa puissance médiatique sur la scène politique internationale en faveur des plus démunis, glisse-t-il, «sa croisade aurait pu aller plus loin».
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