Si le monde entier a pleuré Diana, c’est qu’on la sentait proche de soi, non seulement comme une sorte de sœur dont on suivait les péripéties depuis 1980, mais aussi comme une femme moderne à laquelle il était aisé de s’identifier, explique le sociologue François de Singly. Il est l’un des auteurs d’une étude intitulée «L’événement Diana, une vieille histoire?», réalisée cette année à la Sorbonne. Pour lui, Diana représente «une forme de héros moderne, sur aucun point parfaite, mais caractérisée par la recherche d’une vie pleine» comme la plupart des femmes d’aujourd’hui, «qui ne veulent renoncer à aucune dimension de leur vie, professionnelle ou privée». Par ailleurs, note François de Singly, la mort de Diana a d’autant plus ému qu’elle arrive dans une période où la princesse était omniprésente dans les médias. Juste avant la mort, il y avait eu le fameux «baiser» à son nouvel amour Dodi Fayed: «Elle montrait que ce n’est pas parce qu’on a eu des cafouillages, qu’on n’a pas droit à une renaissance». Il y a aussi l’interview du 26 août 1997 dans «Le Monde», incroyable dans ce quotidien considéré comme le plus sérieux», où la journaliste «nous garantit Diana comme sincère et authentique» dans son combat humanitaire. «Diana a montré, souligne le sociologue, qu’on peut être totalement moderne en réincorporant des éléments traditionnels comme l’humanitaire, qui est une nouvelle forme de la charité». En juillet, Diana avait mis en vente ses robes de princesse, «un coup de génie par lequel elle se dépouillait de sa vie publique précédente». «Force et faiblesses» Dans ce contexte, sa mort est un événement incroyable, d’autant qu’elle meurt avec l’homme qu’elle aime, coïncidence dont le sociologue ne trouve pas d’autre exemple depuis Tristan et Yseult, le couple «qui marque l’invention de la notion d’amour en Occident». Dans les obsèques, il voit aussi la concrétisation de «nouvelles normes», avec le cercueil suivi «par l’ancien mari» (le prince Charles) et l’ancien beau-père (le prince Philip), accompagnant les enfants. Ainsi, explique-t-il, aujourd’hui «une deuxième vie amoureuse ne détruit pas la nature des liens de filiation». Diana a su ainsi prouver «qu’on a le droit de montrer ses erreurs et ses fragilités» et «sa force vient de ses faiblesses», résume-t-il, la comparant sur ces points à Bill Clinton. Ceux qui n’ont pas pleuré Diana sont ceux «qui se définissent d’abord par leur vie publique». L’étude réalisée à la Sorbonne montre que les personnes investies dans un syndicat ou un parti politique ont plutôt résisté à la tristesse, et que ceux qui se sont sentis proches de Diana sont souvent membres d’associations caritatives, avec «des conceptions plus féminines, dominées par l’attention aux autres». Le sociologue ne croit pas pour autant à l’éternité du mythe Diana, faute «du soutien d’une institution, contrairement aux saints ou aux hommes politiques». A son avis, seuls ses fils pourraient peut-être entretenir sa légende, outre quelques fans isolés. Spécialiste de la famille, François de Singly est l’auteur notamment de «Le soi, le couple et la famille», paru en 1996 chez Nathan. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Si le monde entier a pleuré Diana, c’est qu’on la sentait proche de soi, non seulement comme une sorte de sœur dont on suivait les péripéties depuis 1980, mais aussi comme une femme moderne à laquelle il était aisé de s’identifier, explique le sociologue François de Singly. Il est l’un des auteurs d’une étude intitulée «L’événement Diana, une vieille histoire?», réalisée cette année à la Sorbonne. Pour lui, Diana représente «une forme de héros moderne, sur aucun point parfaite, mais caractérisée par la recherche d’une vie pleine» comme la plupart des femmes d’aujourd’hui, «qui ne veulent renoncer à aucune dimension de leur vie, professionnelle ou privée». Par ailleurs, note François de Singly, la mort de Diana a d’autant plus ému qu’elle arrive dans une période où la princesse était...