La destruction par les Etats-Unis de la principale usine pharmaceutique du Soudan est un double avertissement à ce pays pour son rôle supposé dans le terrorisme international et ses ingérences régionales, estiment des sources internationales à Khartoum. L’innocuité de l’usine al-Chifaa, produisant la moitié de la consommation en médicaments du pays, semble à peu près évidente pour ces mêmes sources sous réserve toutefois d’une enquête plus précise, nombre de produits entrant dans la fabrication de médicaments pouvant être relativement facilement détournés à des fins militaires. Cette frappe «chirurgicale» d’un bâtiment de 21.000 m2, situé dans la banlieue industrielle du nord de la capitale tient du «sérieux avertissement» de Washington au gouvernement du président Omar el-Béchir, lui demandant de cesser toute activité terroriste et de jouer un rôle trouble dans la région. Le Soudan, à la charnière du monde arabe et de l’Afrique noire, entretient des relations conflictuelles avec certains de ses voisins, selon les mêmes sources. L’Egypte, avec qui le Soudan partage le Nil et une longue frontière, est régulièrement accusé d’abriter des opposants soudanais qui, selon M. Béchir, auraient fourni des informations erronées aux Américains sur l’usine al-Chifaa. L’Erythrée voisine abrite depuis deux ans l’ex-premier ministre soudanais, Sadek al-Mahdi, régulièrement taxé par Khartoum d’irresponsable et d’activités terroristes. Certains experts à Khartoum n’excluent pas le fait que l’Ethiopie ait pu bénéficier d’un soutien militaire soudanais lors des récents incidents ayant opposé les troupes d’Asmara à celles d’Addis-Abeba. La guérilla Au sud de son territoire, le Soudan doit faire face depuis 15 ans à une guérilla conduite principalement par John Garang, le leader de la SPLA (Armée de libération des peuples du Soudan), bénéficiant du soutien de l’Ouganda. Malgré ses démentis, le Soudan est régulièrement accusé de soutenir en sous-main la «Lord Resistance Army», une opposition armée au président ougandais Yoweri Museveni. Ce jeu trouble du Soudan se complique également par la décomposition en cours de l’ex-Zaïre où le président Laurent-Désiré Kabila, pourtant porté au pouvoir par les Etats-Unis, doit aujourd’hui faire face à une rébellion soutenue par l’Ouganda et le Rwanda. Depuis la destruction de son usine pharmaceutique jeudi dernier, Khartoum a «consolidé» sa ligne de défense: cette usine ne produisait aucun gaz toxique, une commission d’enquête internationale doit le démontrer, le Soudan, un Etat de droit, n’abrite aucun terroriste et Oussama Ben Laden, le milliardaire séoudien réfugié en Afghanistan et soupçonné d’au moins 18 attentats dans le monde, n’a plus aucun lien ici depuis son expulsion en 1996. Une ligne de défense répétée sur tous les tons depuis près d’une semaine par les plus hautes instances de l’Etat. Mardi encore, le chef de la diplomatie Moustafa Osmane Ismaïl a repris cette antienne. «Les Etats-Unis manquent de crédibilité, de fondements juridiques et même de logique» dans leurs explications pour justifier la destruction de l’usine, accusée de fabriquer des armes chimiques, a-t-il déclaré. Fort du soutien de la Ligue arabe, de l’Organisation de la conférence islamique, des Non-alignés et de l’Organisation de l’unité africaine, le Soudan entend bien obtenir la constitution d’une commission d’enquête sous l’égide de l’ONU malgré le refus de principe de Washington. Le ministre n’a pas exclu le fait que cette commission puisse être composée d’experts européens. Quant à la dégradation des relations soudano-britanniques, elle s’explique par le soutien de Londres aux thèses américaines sur les activités de l’usine pharmaceutique. Une dégradation qui pourrait affecter tout autre pays adoptant la même attitude, a averti M. Ismaïl. (AFP - Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La destruction par les Etats-Unis de la principale usine pharmaceutique du Soudan est un double avertissement à ce pays pour son rôle supposé dans le terrorisme international et ses ingérences régionales, estiment des sources internationales à Khartoum. L’innocuité de l’usine al-Chifaa, produisant la moitié de la consommation en médicaments du pays, semble à peu près évidente pour ces mêmes sources sous réserve toutefois d’une enquête plus précise, nombre de produits entrant dans la fabrication de médicaments pouvant être relativement facilement détournés à des fins militaires. Cette frappe «chirurgicale» d’un bâtiment de 21.000 m2, situé dans la banlieue industrielle du nord de la capitale tient du «sérieux avertissement» de Washington au gouvernement du président Omar el-Béchir, lui demandant de...