La petite république yougoslave du Monténégro (640.000 habitants) craint pour sa stabilité face à l’afflux de réfugiés albanais du Kosovo voisin. Partenaire rétif de la Serbie au sein de la République Fédérale de Yougoslavie (RFY), le Monténégro héberge déjà plus de 30.000 Kosovars et des centaines nouveaux réfugiés arrivent chaque jour. Le président réformateur monténégrin Milo Djukanovic a averti récemment qu’«une escalade du conflit au Kosovo risquerait de déstabiliser le Monténégro». De source proche du gouvernement de Podgorica, on explique que si les combats entre forces serbes et séparatistes de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) devaient durer, de nouvelles vagues de réfugiés modifieraient dangereusement la composition démographique du Monténégro. Les arrivants du Kosovo sont dans leur immense majorité des Albanais. Depuis le début du conflit fin février, le nombre d’Albanais présents au Monténégro a ainsi pratiquement doublé par rapport aux 40.000 dénombrés lors du recensement de 1991. Aujourd’hui, un habitant sur dix est un réfugié ou une personne déplacée du Kosovo, de Croatie ou de Bosnie-Herzégovine, le Monténégro hébergeant également 30.000 réfugiés de ces deux derniers pays. Des sources non officielles estiment que le nombre des Kosovars déplacés au Monténégro dépasse largement les 30.000, beaucoup d’entre eux n’étant pas déclarés, en particulier ceux qui s’installent chez des parents ou amis. Les communes, comme celles de Rozaje, Plav ou Ulcinj, où il y a une forte concentration de Kosovars, demandent déjà que ceux-ci «puissent partir dans des pays tiers». Le responsable de la «cellule de crise d’Ulcinj» (côte adriatique), Djoko Skrelja, estime que 14.000 Kosovars déclarés et 6.000 autres non déclarés sont venus s’ajouter aux 20.000 habitants de cette ville, dont 72% des habitants sont des Albanais. Le conflit au Kosovo a eu des conséquences néfastes sur le tourisme, alors que le Monténégro espérait un «boom» grâce à sa politique d’ouverture, soutenue par la communauté internationale et combattue par le président yougoslave Slobodan Milosevic. Sécession Le nombre des touristes a chuté de 11% en juillet par rapport au même mois de l’année dernière, de nombreuses agences étrangères ayant résilié leurs contrats. M. Djukanovic appelle inlassablement Serbes et Kosovars à arrêter les hostilités et à négocier. Il prône pour le Kosovo un statut d’autonomie dans le cadre de la Serbie, assortie d’une participation à la gestion des affaires au niveau de la RFY. Les spéculations sur l’intention présumée de la communauté internationale de faire du Kosovo une troisième république yougoslave suscitent de fortes craintes au Monténégro. «Si le Kosovo devenait une république, il ne nous resterait plus qu’à user de notre droit à la sécession», a déclaré Predrag Drecun, ministre monténégrin du Travail. «Le problème du Kosovo ne peut être réglé au détriment des droits constitutionnels du Monténégro», a dit lundi Miodrag Vukovic, conseiller du président Djukanovic. Selon la constitution qui a consacré leur union en 1992, le Monténégro et la Serbie sont égales en droit, a-t-il rappelé, ce qui ne serait plus le cas en cas d’émergence d’une troisième république. Les autorités monténégrines sont soucieuses de se démarquer de l’action des forces serbes au Kosovo. Selon le ministre-adjoint de l’Intérieur Vuk Boskovic, «aucun policier monténégrin ne participe aux événements au Kosovo», où plus de 600 personnes, principalement des Albanais, ont été tuées en six mois de conflit. (AFP-Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La petite république yougoslave du Monténégro (640.000 habitants) craint pour sa stabilité face à l’afflux de réfugiés albanais du Kosovo voisin. Partenaire rétif de la Serbie au sein de la République Fédérale de Yougoslavie (RFY), le Monténégro héberge déjà plus de 30.000 Kosovars et des centaines nouveaux réfugiés arrivent chaque jour. Le président réformateur monténégrin Milo Djukanovic a averti récemment qu’«une escalade du conflit au Kosovo risquerait de déstabiliser le Monténégro». De source proche du gouvernement de Podgorica, on explique que si les combats entre forces serbes et séparatistes de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) devaient durer, de nouvelles vagues de réfugiés modifieraient dangereusement la composition démographique du Monténégro. Les arrivants du Kosovo sont dans leur...