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Actualités - Chronologie

L'improbable retour des minoritaires

Mal abrités de la pluie sous un auvent de planches, au pied des ruines de leurs maisons, une vingtaine de réfugiés veulent encore espérer réussir leur retour avant l’hiver. Il y a un mois, ces musulmans ont pénétré de 15 km en territoire serbe, et bravent depuis insultes et menaces, mines, froid et faim. Ils sont 130 au total, dans deux camps de tentes fournies en urgence par le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR), dans les collines autour de Siprage, à 50 km au sud-est de Banja Luka. Les «retours minoritaires», selon le jargon des organisations internationales, sont le grand échec de la reconstruction d’une Bosnie multi-ethnique. L’hostilité spontanée ou orchestrée par les hommes politiques nationalistes, et le manque de fonds pour rebâtir les maisons détruites, empêchent les Serbes de retourner dans la Fédération croato-musulmane, et surtout les musulmans et les Croates de rentrer en Republika Srpska (l’entité serbe). Résultat: ils sont moins de 15.000 «minoritaires» à avoir tenté l’aventure depuis la fin de la guerre il y a trois ans, sur un total de 475.000 retours. Chassés par la pluie de la quinzaine de tentes blanches du HCR, les 78 réfugiés du principal camp dorment entassés dans quatre conteneurs. Il n’y a que des hommes: femmes et enfants sont restés côté croato-musulman, à Travnik, où la vie est aussi précaire pour ces sans-ressources, mais moins dangereuse qu’en territoire serbe. Après avoir chassé les milliers de musulmans qui formaient la majorité de la population de ces hameaux de montagne avant guerre, les Serbes ont systématiquement saboté leurs maisons à l’explosif. Déminage Sur des kilomètres le long de la route, pas une habitation n’y a échappé: ce ne sont que des carcasses sans toit, aux murs effondrés. Les réfugiés ont commencé à nettoyer les gravats, à déminer avec l’aide des troupes de l’OTAN, et attendent maintenant sans trop y croire qu’une organisation internationale leur offre briques, tuiles et ciment. Mais le froid revient, dans deux mois il sera trop tard, et ce sera le retour forcé à Travnik, en attendant une autre occasion. A Prijedor, un bastion radical à 50 km au nord-ouest de Banja Luka, le maire Borislav Maric assure qu’il n’est pas opposé au retour des musulmans. «Mais», ajoute-t-il, «il faut d’abord reloger les réfugiés serbes dont beaucoup se sont installés dans d’anciennes maisons de musulmans». «Il faudra procéder doucement, étape par étape, il faudra convaincre les gens qui ont perdu des parents pendant la guerre que les musulmans ont le droit de revenir, cela prendra du temps»: à deux semaines des élections générales en Bosnie, le maire ne cache pas que le retour des musulmans n’est pas un bon slogan de campagne en Republika Srpska. Car on retrouve le désespoir des musulmans de Siprage en face, chez des milliers de réfugiés serbes, entassés eux-aussi, cette fois dans deux «Centres collectifs». (AFP-Reuters)
Mal abrités de la pluie sous un auvent de planches, au pied des ruines de leurs maisons, une vingtaine de réfugiés veulent encore espérer réussir leur retour avant l’hiver. Il y a un mois, ces musulmans ont pénétré de 15 km en territoire serbe, et bravent depuis insultes et menaces, mines, froid et faim. Ils sont 130 au total, dans deux camps de tentes fournies en urgence par le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR), dans les collines autour de Siprage, à 50 km au sud-est de Banja Luka. Les «retours minoritaires», selon le jargon des organisations internationales, sont le grand échec de la reconstruction d’une Bosnie multi-ethnique. L’hostilité spontanée ou orchestrée par les hommes politiques nationalistes, et le manque de fonds pour rebâtir les maisons détruites, empêchent les Serbes de retourner...