«Pendant que les militaires crachaient du feu, mes enfants et mon épouse se cachaient sous la table», raconte Clément, habitant de Masina, quartier est de Kinshasa, qui avouait dimanche avoir vécu des jours pénibles pendant les «ratissages» de l’armée contre les rebelles. Masina a été totalement bouclé de mercredi à dimanche matin par les Forces armées congolaises (FAC) et leurs alliés qui traquaient les rebelles «infiltrés». Dans son épicerie aux rayons toujours garnis de marchandises, Clément, 35 ans, retrace, la voix grave, l’entrée des rebelles à Masina, Ndjili et Kimbanseke, quartiers Est de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). «Les rebelles sont entrés en passant par petits groupes par le mont Caly et Ndjili-Brasserie (au sud-est de Kinshasa), sans rencontrer une grande résistance», explique Clément, selon qui «ils ont déjoué la vigilance des FAC». Ces rebelles, pour la plupart soldats des ex-forces armées zaïroises (ex-FAZ) du maréchal Mobutu, connaissant bien Kinshasa, ont pris très vite position à Masina et dans un bois d’eucalyptus du quartier de Ndjili. «Nous sommes venus vous libérer. Les soldats de Kabila ne peuvent pas nous résister car nous sommes invulnérables. Il n’y a que les bombardiers zimbabwéens ou angolais pour nous défaire», affirmaient ces rebelles à Clément et aux habitants de Masina. La réplique des FAC et de ses alliés n’a pas tardé. Dès mercredi vers quatre heures, dans la nuit, le bois d’eucalyptus, qui borde l’avenue menant à l’aéroport international, a été pilonné. Ces heures ont été dures pour les habitants. «Pendant que les militaires crachaient du feu, mes enfants et mon épouse se cachaient sous la table. Moi je sortais souvent pour ne pas traumatiser les enfants», dit Clément. Très vite, les pilonnages et l’hostilité de la population ont obligé les rebelles à se retrancher dans des écoles et des maisons abandonnées. Nombre d’entre eux ont été tués, selon les habitants de Masina qui sont restés terrés chez eux. «Nous avions des denrées alimentaires: un sac de riz, du poulet, des poissons boucanés (...) Seuls les enfants pouvaient manger, mais moi et mon épouse avions perdu appétit», raconte Clément, visiblement affecté. Avant d’être tués ou contraints à la reddition par les FAC, les rebelles, visiblement désorientés et peu au fait de la situation politique, ont fait part aux habitants de projets politiques peu cohérents. «Lorsqu’ils sont entrés ici, les rebelles nous ont dit qu’ils devaient chasser le président Laurent Désiré Kabila et installer Mgr Laurent Monsengwo au pouvoir», dit Clément. «Ils ont annoncé aussi qu’ils allaient reconduire Etienne Tshisekedi au poste de premier ministre», ajoute le boutiquier. Mgr Monsengwo a dirigé de 1991 à 1997, le Haut conseil de la république (HCR, Parlement de transition) sous le régime déchu du maréchal Mobutu, alors que M. Tshisekedi a été dans la même période éphémère premier ministre. Tous les deux avaient été élus lors de la conférence nationale souveraine organisée de 1991 à 1992. Ces deux personnalités n’ont jamais rallié l’organe politique de la rébellion, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), mis en place à Goma leur quartier général au Nord-Kivu (est) et dirigé par Ernest Wamba dia Wamba. (AFP)
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