Une équipe de chercheurs français va essayer, dès 1999, de traiter par thérapie génique des femmes souffrant de cancers du sein étendus (métastases) chez lesquelles tous les autres traitements ont échoué. Cet essai consistera, dans un premier temps, à vérifier, sur une vingtaine de malades, la non-toxicité et l’efficacité du traitement. Annoncée par l’équipe du Pr David Klatzmann (hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris), cette décision se fonde sur les résultats «très prometteurs» — qu’elle a été la première au monde à obtenir — sur des rats, et sur «l’excellente efficacité du traitement». Ces travaux font l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue scientifique américaine Cancer Research. «Les deux points majeurs de ce travail, a indiqué le Pr Jean-Loup Salzmann qui, avec le Pr David Klatzmann, a dirigé cette étude, sont, d’une part, l’utilisation d’un modèle animal ‘hautement significatif’ porteur de tumeurs ‘spontanées’ très proches des tumeurs humaines et, d’autre part, le fait que le traitement a été efficace, non seulement sur les tumeurs traitées, mais aussi sur celles qui se trouvaient seulement dans leur voisinage». «Chez chacun des animaux traités, alors que seulement une tumeur avait été traitée, l’ensemble des tumeurs a régressé de 90%», a expliqué le Pr Salzman. Selon ce dernier, «cet effet d’une grande importance laisse espérer que le traitement de seulement quelques tumeurs pourrait avoir une efficacité générale». Le traitement a fait appel à ce que les chercheurs ont baptisé des «gènes-suicide». Il a consisté à transférer dans les cellules cancéreuses un gène ayant la propriété de transformer un médicament sans danger pour les cellules saines en un produit hautement toxique pour les cellules cancéreuses. Une fois ce gène-suicide en place, les médecins ont introduit le médicament en question dans l’organisme des rats. Ce médicament, du ganciclovir, utilisé pour traiter l’herpès, a alors détruit la plupart des cellules cancéreuses. Jusqu’à présent, les essais de thérapie génique se faisaient sur des animaux chez lesquels les tumeurs avaient été artificiellement provoquées. Mais, parce qu’elles diffèrent sensiblement des tumeurs humaines et surtout sont plus sensibles aux traitements, les tumeurs ainsi fabriquées ne constituaient pas un véritable «modèle» pour les chercheurs. Au contraire, les tumeurs «spontanées», qui proviennent de la transformation chez l’animal de cellules saines en cellules cancéreuses, présentent l’avantage de reproduire plus fidèlement le processus de cancérisation qui aboutit aux cancers humains. Environ deux cents essais de thérapie génique sont en cours dans le monde et entre la moitié et les deux tiers portent sur des cancers, a précisé le Pr Salzman. (AFP - Reuters)
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