Un an après sa disparition tragique à Paris, Diana reste pour beaucoup une icône et l’objet d’un culte dénigré par une partie des intellectuels britanniques. A tel point que les détracteurs de la princesse de Galles, qui rivalisait de son vivant avec sœur Teresa dans le cœur de ses compatriotes, risquent aujourd’hui la vindicte publique en posant la question-tabou — les Britanniques feraient-ils une fixation sur Diana? L’épouse divorcée du prince Charles, décédée le 31 août 1997 à l’âge de 36 ans dans un accident de voiture aux côtés de son compagnon, le play-boy égyptien Dodi el-Fayed, demeure une icône, assure l’historien Roy Strong, ancien directeur du «Victoria and Albert Museum» de Londres. «Je pense que la période de deuil est révolue, mais son image de “madone” demeure. Dans la mémoire collective, Diana restera éternellement jeune et belle. Elle incarne en outre la compassion ainsi que les aspirations de toute une génération et cela, rien ne viendra l’effacer», ajoute Strong. Un an après sa mort, il existe ainsi aujourd’hui plus de sites Internet portant le nom de Diana que celui de... Jésus Christ. En Grande-Bretagne et ailleurs, le nom de Diana sert à vendre une panoplie hétéroclite d’objets de souvenir allant de l’ours en peluche au pot de... margarine. Quant aux livres publiés sur «la princesse du peuple», comme l’a baptisée fort opportunément le premier ministre britannique, Tony Blair, on ne les compte plus. Le visage lumineux de la princesse de Galles, qui de son vivant avait contribué à donner un sérieux «coup de jeune» à une famille royale passablement archaïque, demeure aujourd’hui à la «une» des tabloïds de Fleet Street. Les documentaires télévisés sur la vie édifiante et les circonstances tragiques de l’accident du tunnel de l’Alma sont légion, et la jeune femme est un sujet très populaire chez les étudiants en sociologie du royaume. Mais pour une petite frange de la population que cette «Dianamanie» hérisse, ce culte relève presque de l’hystérie collective. «Je pense que nous avons assisté à une véritable explosion d’émotivité primaire et immature. Le phénomène Diana relève sans nul doute de la fixation», juge un ecclésiastique anglican de York, Peter Mullen, co-auteur d’un livre à paraître au printemps 99 sur la sentimentalisation de la société. Pour lui, l’obsession pour Diana devrait finir par s’estomper avec le temps tout en demeurant l’objet d’«un culte à la Elvis Presley». Un autre religieux, l’archevêque de York, le très Révérend David Hope, a récemment souligné le danger de «déification» de la princesse après l’ouverture cet été à Althrop, le domaine familial des Spencer, d’un musée à la gloire de la défunte. Snobisme «Prenons bien garde de ne pas en faire l’objet d’un culte», déclarait le prélat anglican dans un entretien à un journal. «Il faut maintenant que nous commencions à tourner la page (…) Faisons attention à ne pas nous accrocher à une icône». D’autres ecclésiastiques n’hésitent pas en revanche à souligner les effets positifs du phénomène d’adoration de Diana. Après tout, font-ils valoir, sa mort a subitement rempli les églises et les temples, même s’il s’agissait de simplement signer un registre de condoléances. «Si icône il y a, c’est une icône incarnant l’humanité, un être humain qui n’était, certes, pas parfait, qui avait accumulé les échecs et les succès», estime ainsi l’évêque de Kensington, le très Révérend Michael Colclough. Certains évangélistes catholiques vont jusqu’à dire que les réactions enregistrées au lendemain de la mort de Diana feraient partie d’un renouveau spirituel en Grande-Bretagne. «Depuis sa mort, on a assisté à un nouvel élan de générosité, d’ouverture à autrui et de solidarité envers les déshérités et les blessés de la vie», confie ainsi l’un des pionniers du mouvement des nouveaux chrétiens, Gerald Coates. Pour Strong, l’extrême diversité des centres d’intérêt dont a témoigné toute sa vie la princesse a fait de sa mort un «moment cathartique» pour beaucoup — humanitaires, défenseurs des droits des enfants, adversaires des mines anti-personnel, militants de la lutte contre le sida, etc. Même la classe politique n’a pas hésité à se raccrocher au phénomène d’adoration de Diana. Ainsi, le chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, soutient-il un projet de jardin commémoratif dans les jardins du palais de Kensington, dernière résidence officielle de la jeune femme. Pour certains, ce projet est bizarre, Diana n’ayant jamais aimé les jardins et la nature, à la différence du prince Charles dont on dit qu’il sait parler aux arbres. D’autres se moquent également des féministes qui parlent de canoniser la princesse de Galles, qui a passé le plus clair de sa vie à attendre, puis à servir son prince charmant, et qui a expiré dans les bras d’un play-boy. A l’approche du premier anniversaire fatidique, certains membres de l’intelligentsia britannique n’hésitent pas à proclamer fièrement, et non sans provocation, n’avoir jamais déposé de bouquet ou allumé de bougie pour Diana. «Il existe un certain snobisme anti-Diana dans les milieux intellectuels», reconnaît Tony Walter, professeur de sociologie à l’université de Reading. «Mais je pense que c’est un signe de la marginalisation des intellectuels par rapport au reste de la société». Pour Strong, l’image de Diana a d’autant moins de chance de disparaître que le pays a devant lui son portrait vivant, son fils aîné, le jeune prince William, qui a hérité de la beauté de sa mère et qui est devenu la coqueluche des adolescentes. (Reuters)
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