Chaînes d’information en continu et services en ligne se battent depuis sept mois à coup de «scoops» sur la liaison présumée du président américain Bill Clinton avec une ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, mais les grands médias sont devenus prudents dans leur couverture d’une affaire qui intéresse peu la population. «Le scandale Lewinsky peut avoir donné (au président irakien) Saddam (Hussein) l’impression que l’Amérique est distraite et peu encline à lui répliquer», commentait un éditorialiste de l’hebdomadaire «Newsweek» à propos de la dernière partie de bras de fer entre l’Irak et les Etats-Unis. «Comment en serait-il autrement, puisqu’il regarde (la chaîne d’information) CNN?», demandait-il. «L’émergence d’Internet (...) et l’émergence de MSNBC et Fox News Channel, rivales de CNN dans la guerre des nouvelles 24 heures sur 24 ont (...) exacerbé la bataille pour être le premier, ainsi que la possibilité d’erreur», écrivait récemment David Shaw, spécialiste d’analyse des médias pour le «Los Angeles Times». L’affaire Monica Lewinsky, dans le cadre de laquelle Bill Clinton est appelé à témoigner lundi, domine également les informations des grands réseaux, ABC, CBS et NBS: 897 minutes au total depuis le début de l’année dans les trois journaux du soir, contre 360 minutes pour l’Irak et 182 minutes pour El Nino, selon le Tyndall Report, une publication spécialisée. Mais lorsqu’arrive un événement comme les attentats contre des intérêts américains au Kenya et en Tanzanie le 7 août, ces chaînes relèguent le «scandale» au second plan, comme le font les grands journaux: le «New York Times» n’avait, dimanche 9 août, qu’un petit papier de couleur sur l’affaire Lewinsky, rien lundi. Pain béni Cette affaire, qui selon un sondage réalisé durant la deuxième semaine d’août par le centre d’étude de la presse Pew, n’est suivie que par 26% des Américains, est, en revanche, pain béni pour les chaînes d’information en continu dont les courbes grimpent avec les crises. Les tables rondes d’analystes ne coûtent pas grand-chose et remplissent du temps d’antenne dont elles disposent en abondance, elles n’ont pas de programme de fiction, de film ou d’écrans publicitaires coûteux, et les journalistes peuvent donc intervenir n’importe quand. Partant, ces chaînes ont plus de chance de diffuser des informations inexactes, vaguement démenties quelques minutes plus tard, ce d’autant plus que les «informations» proviennent massivement de «sources anonymes». Le 28 janvier, l’interviewer-vedette de CNN, Larry King, annonçait ainsi que le «New York Times» allait publier le transcript d’un message téléphonique «sexy» du président à Mlle Lewinsky. «Nous l’avons annoncé (...) maintenant nous le désannonçons», s’est-il contenté de déclarer après avoir été démenti. L’audience de ces chaînes reste faible, mais grimpe aux moments les plus chauds. CNN a ainsi touché 499.000 foyers le 21 janvier lorsque l’affaire Lewinsky a éclaté, puis le 6 août lorsque la jeune fille a témoigné, soit moins que les grands réseaux au milieu de la nuit mais deux fois plus que son audience moyenne habituelle. L’impact des chaînes d’information en continu se fait surtout sentir sur les journalistes des autres médias et le personnel politique. Lorsque le logo annonçant que CNN va diffuser une information de dernière minute apparaît sur l’écran, «les gens à la Maison-Blanche — tant dans la salle de presse que du côté politique — s’arrêtent et regardent», déclarait au «LA Times» Michael McCurry, qui vient d’annoncer qu’il quitterait prochainement son poste de porte-parole présidentiel. (AFP)
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