Un couple de chercheurs français a réussi à tuer des tumeurs cancéreuses qui avaient été volontairement provoquées chez des souris en bloquant le développement des vaisseaux sanguins servant à les alimenter. L’idée de priver de nourriture les cellules cancéreuses pour les asphyxier et empêcher le développement d’une tumeur séduit depuis plus de dix ans les chercheurs, dont les efforts commencent à payer. Après le Dr Judah Folkman, de l’hôpital pédiatrique de Boston (Massachusetts) – dont les premiers résultats ont été portés aux nues par la presse américaine en mai dernier – une équipe de chercheurs français, les médecins Hong Li et He Lu, vient d’aboutir au même résultat, mais par une approche différente. Le Dr Folkman travaillait en effet sur deux molécules, l’angiostatine et l’endostatine, qui ont pour inconvénient d’être difficiles à produire en quantité. «L’angiostatine n’est pas produite en permanence par les personnes saines et, pour obtenir quelques milligrammes d’endostatine – présente dans les urines de souris porteuses de tumeurs – il faut disposer de vingt litres de ce liquide», a expliqué un chercheur du laboratoire de génétique des virus oncogènes à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif, près de Paris. «Bricoler» un gène C’est précisément dans ce laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) que le Dr Hong Li, de l’équipe du Dr Michel Perricaudet, vient, en collaboration avec son époux le Dr He Lu et des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), de contourner la difficulté, en utilisant une autre protéine, l’urokinase. Cette protéine est depuis longtemps connue des chercheurs. D’une part, elle accélère l’angiogenèse, c’est-à-dire le développement des vaisseaux par lesquels passe l’alimentation des cellules. D’autre part, elle active leur migration vers d’autres sites de l’organisme, où se créent alors les redoutables métastases. En «bricolant» le gène de cette protéine, les chercheurs avaient réussi à fabriquer une molécule ayant un effet totalement inverse. Le nouveau gène ainsi construit a été envoyé, par le biais d’un virus servant de transporteur, dans l’organisme de souris chez lesquelles trois types de cancer – sein, poumon, colon – avaient été artificiellement provoqués. Les résultats sont impressionnants: une seule injection du «gène-médicament» dans la tumeur a arrêté sa croissance chez tous les animaux atteints de cancers du sein et entraîné une diminution de 90% du réseau de vaisseaux sanguins par rapport aux souris non traitées. Dans le cas des souris soignées pour cancer du poumon, le «gène-médicament» a réduit la vitesse de croissance des tumeurs et seulement 30% des rongeurs ont développé des métastases contre 75% des animaux non traités. Pour le troisième type de cancer, les résultats ont aussi été significatifs. Pour l’instant, les chercheurs butent sur un obstacle de taille: au bout de quelques semaines d’activité dans l’organisme, la protéine-médicament est éliminée par les reins. «Il serait prématuré de songer à exploiter ces résultats chez l’homme», mettent en garde les scientifiques, dont les travaux ont tout de même été brevetés. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un couple de chercheurs français a réussi à tuer des tumeurs cancéreuses qui avaient été volontairement provoquées chez des souris en bloquant le développement des vaisseaux sanguins servant à les alimenter. L’idée de priver de nourriture les cellules cancéreuses pour les asphyxier et empêcher le développement d’une tumeur séduit depuis plus de dix ans les chercheurs, dont les efforts commencent à payer. Après le Dr Judah Folkman, de l’hôpital pédiatrique de Boston (Massachusetts) – dont les premiers résultats ont été portés aux nues par la presse américaine en mai dernier – une équipe de chercheurs français, les médecins Hong Li et He Lu, vient d’aboutir au même résultat, mais par une approche différente. Le Dr Folkman travaillait en effet sur deux molécules, l’angiostatine et l’endostatine,...