Viktor Tchernomyrdine, nommé premier ministre russe par intérim et présenté hier par Boris Eltsine comme son successeur en l’an 2000, est un homme de consensus, représentant du lobby industriel ex-soviétique. Sa nomination à la tête du gouvernement a été motivée par le besoin de garantir «la continuité du pouvoir (…) en l’an 2000», date de l’élection présidentielle, selon le président russe. Par le passé, M. Tchernomyrdine n’avait pas fait mystère de son intention de succéder à Boris Eltsine au Kremlin. Cette nomination est une revanche: le 23 mars dernier, il avait été brutalement limogé alors qu’il occupait le poste de premier ministre depuis cinq années. Ancien patron du géant gazier Gazprom, sur lequel il conserve un pouvoir de contrôle, M. Tchernomyrdine est l’un des grands barons de l’industrie nationalisée russe. Contre les jeunes libéraux, il a toujours défendu les grands ensembles industriels hérités de l’époque soviétique. Des sociétés géantes qui entretiennent avec l’Etat des relations ambiguës d’interdépendance. Au cours de ses cinq ans à la «Maison blanche», le siège du gouvernement russe, M. Tchernomyrdine avait su se forger une image d’apparatchik rassurant, mais peu charismatique. Cet homme marié, père de deux garçons, passait pour un homme conciliant, capable de désamorcer la colère de l’opposition communiste ou nationaliste à la Douma, de satisfaire les exigences du FMI ou de faire cohabiter dans ses gouvernements des réformateurs ultra-libéraux avec des ministres plus conservateurs. Quelques jours après son limogeage, il avait annoncé son intention de se présenter à la prochaine élection présidentielle en juin 2000. Mauvais orateur, cet homme à l’allure massive, qui a eu 60 ans le 9 avril, n’a pourtant jamais décollé dans les sondages, plafonnant en-dessous de 5% des intentions de vote déclarées. Un apparatchik sans éclat Mais ce profil d’apparatchik sans éclat explique aussi la longévité de cet ingénieur de formation à la tête du gouvernement russe, dans les années les plus difficiles de l’après-communisme. M. Tchernomyrdine a discrètement entrepris de poser les bases d’une puissante machine électorale. Par l’intermédiaire de Gazprom, il a acquis une forte influence sur de nombreuses entreprises de presse et de télévision régionales. Il a aussi renforcé son emprise sur tout le secteur énergétique — principale source productive du pays — que lui disputait un temps le premier vice-premier ministre Boris Nemtsov. M. Tchernomyrdine avait été propulsé à la tête du gouvernement en décembre 1992 à la suite d’un compromis entre le président Eltsine et l’opposition conservatrice au Congrès des députés du peuple, l’assemblée toute puissante qui contrait les réformes. C’est à lui, conformément à la Constitution, qu’il avait ensuite transféré l’ensemble de ses pouvoirs, y compris le contrôle du «bouton nucléaire» pendant la durée de son quintuple pontage coronarien, le 5 novembre 1996. M. Tchernomyrdine, né dans le village de Tchernye Otrog, près d’Orsk (sud de l’Oural — centre de la Russie), a commencé à travailler comme simple ouvrier avant de suivre des études d’ingénieur et de faire toute sa carrière dans le pétrole et le gaz. En 1989, ce ministère est transformé en «Gazprom», monopole gazier et première entreprise de Russie, avec M. Tchernomyrdine comme directeur général, fonction qu’il occupe jusqu’à son entrée au gouvernement, en mai 1992, d’abord comme vice-premier ministre en charge de l’Energie dans le gouvernement d’Egor Gaïdar. (AFP-Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Viktor Tchernomyrdine, nommé premier ministre russe par intérim et présenté hier par Boris Eltsine comme son successeur en l’an 2000, est un homme de consensus, représentant du lobby industriel ex-soviétique. Sa nomination à la tête du gouvernement a été motivée par le besoin de garantir «la continuité du pouvoir (…) en l’an 2000», date de l’élection présidentielle, selon le président russe. Par le passé, M. Tchernomyrdine n’avait pas fait mystère de son intention de succéder à Boris Eltsine au Kremlin. Cette nomination est une revanche: le 23 mars dernier, il avait été brutalement limogé alors qu’il occupait le poste de premier ministre depuis cinq années. Ancien patron du géant gazier Gazprom, sur lequel il conserve un pouvoir de contrôle, M. Tchernomyrdine est l’un des grands barons de...