La rébellion en République démocratique du Congo apparaît sous bien des aspects comme une répétition de l’histoire du pays, déjà déchiré en 1996 et 1997 par une guerre de «libération». Quinze mois après l’entrée à Kinshasa des forces de l’Alliance démocratique pour la libération du Congo-Zaïrre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, contre l’armée du maréchal Mobutu Sese Seko, la nouvelle rébellion prend sa source dans la même région géographique, l’est du pays. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, qui bordent les frontières entre la RDC, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, échappent depuis longtemps au pouvoir de Kinshasa. Située à plus de 1.500 kilomètres de la capitale, enclavée par l’état désastreux des communications terrestres, divisée par une composition ethnique complexe, la région était déjà du temps de Mobutu une intense zone de trafics et de dissidence, que le pouvoir central ne parvenait pas à contrôler. Arthur Zahidi Ngoma a été élu à la tête de la rébellion à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, ville de laquelle est aussi partie la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, fin 1996. De la même façon, les villes frontalières de Bukavu et d’Uvira sont tombées sous la coupe des rebelles, témoignage de la difficulté pour l’armée régulière de dépêcher des troupes sur place et d’y faire régner la sécurité. D’autre part, comme l’an passé, le Rwanda nie toute participation aux événements, alors que des troupes du général Paul Kagamé, l’homme fort de Kigali, ont été vues dans plusieurs villes du Kivu. Et c’est au moment où les soldats rwandais ont été expulsés de Kinshasa, fin juillet, qu’a commencé la révolte. Intérêt économique Kigali dispose en outre de nombreux intérêts dans la région, et n’a jamais réussi à dissimuler les transferts de troupes et de marchandises aux frontières communes des deux pays, depuis la prise de pouvoir par Kabila. Le Kivu est presque devenu un problème intérieur pour le Rwanda, depuis que les rebelles extrémistes hutus, en lutte contre Kigali, y ont installé des bases de repli à partir desquelles ils entretiennent l’insécurité dans tout le nord-ouest du pays. Le rôle du Rwanda est enfin lié à celui des Banyamulenge, Tutsis d’origine rwandaise, installés de longue date dans l’ex-Zaïre, mais toujours considérés par les autres groupes ethniques de la région comme des étrangers. Cette année, comme l’an passé, ils sont à l’origine d’un mouvement de révolte contre Kinshasa, dont ils estiment qu’il représente un danger pour leur situation dans le pays. Et sont rejoints par d’autres groupes d’intérêts, même divergents. L’intérêt de Kigali pour le Kivu est également économique: les terres du nord donnent trois récoltes par an. Pour un petit pays surpeuplé et rural comme le Rwanda, cette ouverture sur les riches terres situées à l’ouest semble importante. L’ampleur que prendra la rébellion est encore incertaine mais plusieurs villes de l’est du pays sont aux mains des rebelles. Le nouveau chef rebelle, à l’inverse de Kabila, n’est pas un inconnu de l’échiquier politique congolais, pour avoir été longtemps un opposant de premier plan à Mobutu, puis à son successeur. Quant aux chancelleries occidentales, elles réclament, comme l’année dernière, «le respect de l’intégrité territoriale de la RDC». Leur soutien avait manqué à Mobutu, il pourrait en être de même pour Kabila. (AFP)
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