Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Un monastère orthodoxe protégé par des rebelles musulmans

Une soutane et des chaussettes noires sèchent sur la corde à linge. Une douce quiétude règne sur le monastère orthodoxe de Sveti Kuzman i Damjan, niché au creux d’un vallon dans le sud du Kosovo. Mais le gardien des lieux n’est pas un moine: c’est un maquisard albanais, Kalachnikov au côté. Pour la première fois depuis le début des affrontements avec les forces serbes, les rebelles albanais majoritairement musulmans de l’armée de libération du Kosovo (UCK) se sont emparés, le 21 juillet, à Zociste, près de la ville d’Orahovac, d’un lieu de culte orthodoxe. Les sept moines et la nonne, ainsi qu’une trentaine de villageois serbes des environs qui s’y étaient réfugiés, ont été faits prisonniers, puis remis le jour même au Comité international de la Croix-Rouge. Les religieux sont aujourd’hui dans un autre monastère, près du Monténégro. Depuis, les lieux sont entre les mains des combattants albanais, à moins d’un kilomètre de la ligne de front. Mais, contrairement à ce qu’affirment les Serbes de la région, le drapeau rouge et noir des Kosovars ne flotte pas sur le clocher. Les bâtiments, les cellules des moines, la petite chapelle, tout est intact. «Les ordres de notre commandement sont stricts», assure le chef local de l’UCK, «nous devons veiller sur le monastère et n’y laisser pénétrer personne. Un soldat est en faction devant l’entrée, un autre à la porte du fond. Et nous faisons une visite quotidienne pour nous assurer que rien ne manque. Jugez vous-même». Dans la cour ombragée, le linge flotte au vent. Dans les dortoirs, les lits sont faits, les vêtements rangés sur les étagères. Les abeilles butinent près des ruches. La VW Coccinelle n’a pas bougé. Aucune trace de pas dans l’église. Les nombreuses icônes, les cierges, les pièces de monnaie dans une boîte, les croix enluminées, l’autel et les broderies: rien n’a été touché. «Avant ces événements, nous avions de bonnes relations avec le monastère», poursuit le chef qui, comme les autres, refuse de révéler son identité «Même si la majorité des habitants de Zociste sont musulmans. Nous leurs rendions visite, assistions à des mariages. Mais la police leur a distribué des armes, comme aux autres Serbes. Et tout s’est gâté». Calvin Klein Les rebelles assurent avoir vu à la jumelle, quelques jours avant l’assaut, une mitrailleuse en batterie au sommet du clocher. Ils reconnaissent que jamais un coup de feu n’a été tiré depuis le monastère, mais affirment avoir découvert, en fouillant les lieux, des armes automatiques, des pistolets et trois grenades. «Nous voudrions que nos lieux saints soient respectés, aussi nous respectons ceux des Serbes», s’emporte un soldat de l’UCK. Avec sa salopette «Calvin Klein» noire, son coutelas à la ceinture, ses mitaines de cuir et sa moustache en guidon de vélo, il cultive un air martial. «Mais le jour même où nous avons pris le monastère, un cheikh et des fidèles musulmans ont été tués par la police à Orahovac! Allez voir les mosquées: elles sont systématiquement endommagées!» Son chef l’interrompt. «Nous espérons qu’ils reviendront vivre parmi nous. Mais ce n’est pas possible pour l’instant: les premiers tireurs serbes sont à six cents mètres. Ils peuvent attaquer à tout instant, nous devrons peut-être fuir. S’ils bombardent, tout sera détruit». En contrebas, dans les rues boueuses du village désertées par la population, une douzaine de rebelles tuent le temps dans une salle de billard. Près de la rivière, une petite chapelle orthodoxe de pierres blanches, intacte. Des cochons jouent dans la boue. «Les Serbes affirment que nous avons saccagé le monastère, mais c’est un de leurs mensonges! Il y a soixante maisons serbes ici: vous n’en trouverez pas une brûlée!», éructe un jeune homme en combinaison noire, téléphone portable en bandoulière, qui assure être le «commandant opérationnel» du secteur. Puis il saute dans un pick-up et s’éloigne vers les pentes du mont voisin, où une cinquantaine de maquisards attendent ses ordres. (AFP)
Une soutane et des chaussettes noires sèchent sur la corde à linge. Une douce quiétude règne sur le monastère orthodoxe de Sveti Kuzman i Damjan, niché au creux d’un vallon dans le sud du Kosovo. Mais le gardien des lieux n’est pas un moine: c’est un maquisard albanais, Kalachnikov au côté. Pour la première fois depuis le début des affrontements avec les forces serbes, les rebelles albanais majoritairement musulmans de l’armée de libération du Kosovo (UCK) se sont emparés, le 21 juillet, à Zociste, près de la ville d’Orahovac, d’un lieu de culte orthodoxe. Les sept moines et la nonne, ainsi qu’une trentaine de villageois serbes des environs qui s’y étaient réfugiés, ont été faits prisonniers, puis remis le jour même au Comité international de la Croix-Rouge. Les religieux sont aujourd’hui dans un...