Le président Saddam Hussein, dont le prénom signifie «le percutant» en arabe, a toujours privilégié la force au dialogue. Frustré de ne pas obtenir la levée de l’embargo qui frappe l’Irak depuis huit ans, le dirigeant irakien a suspendu sa coopération avec la Commission spéciale de l’ONU chargée du désarmement (UNSCOM), préférant affronter le Conseil de Sécurité et la puissance militaire américaine. En février déjà, Saddam Hussein n’a évité les représailles américaines qu’à la dernière minute, après avoir obtenu que le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan fasse le voyage à Bagdad pour traiter avec lui. Son exercice du pouvoir, qu’il assume sans partage depuis 1979, est caractérisé par la brutalité et l’histoire récente du pays est calquée sur la personnalité de ce dirigeant qui n’accepte le compromis que lorsqu’il est au pied du mur. Né le 28 avril 1937, Saddam Hussein, orphelin de père, sera confié par se mère à un oncle maternel, Khairallah Toulfah, un officier expulsé de l’armée pour militantisme nationaliste arabe. Il adhère à l’âge de 20 ans au Baas, «le parti de la résurrection arabe» qui accédera au pouvoir en Irak en 1963. L’année 1959 marquera le tournant de sa vie. Blessé dans une embuscade contre le chef de l’Etat irakien Abdel Karim Kassem, qui en réchappe, Saddam s’enfuit en Syrie. L’épisode le transforme en un «héros» et lui permet de gravir rapidement les échelons du parti. En 1975, Saddam Hussein signe un accord avec le Chah d’Iran pour le partage du Chatt el-Arabe afin de priver la guérilla kurde de tout soutien iranien, ce qui lui permet de l’anéantir. «Pétrole volé» Mais Saddam Hussein dénonce cet accord et envahit l’Iran en 1980, croyant à l’affaiblissement de ce pays après l’avènement de l’ayatollah Khomeiny. Lorsque les troupes de Téhéran reprennent l’initiative, en 1982, il sollicite les médiations et demande le cessez-le-feu, qu’il n’obtient qu’en 1988. La guerre a fait des centaines de milliers de morts irakiens et iraniens. En 1990, Saddam Hussein ordonne l’occupation du Koweit lorsque l’émirat refuse de payer 2,4 milliards de dollars réclamés par l’Irak au titre de compensation pour le «pétrole volé» dans le champ commun de Roumaila. L’invasion-éclair du 2 août 1990 est décidé après que Saddam Hussein eut perçu un certain flottement dans la position américaine, au cours d’un entretien avec l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Mme April Glaspie. Ses propos menaçants envers le Koweit n’ayant pas provoqué au cours de l’entrevue une réaction d’interdit explicite, il a cru à un feu vert. Il fait ensuite la sourde oreille aux démarches pour obtenir un retrait du Koweit. Il ne prend pas au sérieux les Etats-Unis, qui dirigent une coalition multinationale, lorsqu’ils lui adressent un ultimatum expirant le 15 janvier 1991. Ses médias martèlent «qu’un deuxième Vietnam» attend les Américains. Un mois après, ses troupes sont chassées du Koweit après une guerre-éclair. Depuis la fin de la guerre du Golfe, le chef de l’Etat irakien a provoqué plusieurs crises avec l’UNSCOM et les Etats-Unis, ne se rétractant qu’en dernier recours, et plusieurs fois trop tard. A trois reprises, les Etats-Unis l’ont bombardé, deux fois en 1993 et une fois en 1996. Saddam Hussein suit la même logique sur le plan intérieur. Il n’accepte de parler aux Kurdes que lorsqu’il n’arrive pas à les faire taire par les armes. En 1988, il ordonne le bombardement des villages kurdes aux armes chimiques. En 1991, lorsque les Kurdes s’emparent du nord de l’Irak sous la protection des alliés occidentaux, Saddam Hussein se montre diplomate, appelant au dialogue, à la fraternité arabo-kurde et à l’unité irakienne. (AFP)
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