Une polémique a éclaté en Chine sur le système de contrôle des crues, très malmené ces dernières semaines alors que les informations continuent à filtrer sur l’extrême gravité des inondations du bassin du Yangtsé, les plus graves depuis celles de 1954. «Les arbres font mieux que les digues», titrait le quotidien de langue anglaise «China Daily» dans un commentaire très critique face au déboisement accéléré des campagnes. Le déboisement, qui se traduit par une érosion rapide du sol et une accumulation d’alluvions, n’a cessé de faire monter le lit des fleuves. Il oblige les riverains à construire des digues de plus en plus hautes, notamment le long du Yangtsé mais également autour des lacs ou des réservoirs de dérivation créés pour alléger la pression sur les grandes villes du centre de la Chine. Si jusqu’à présent les autorités assurent que la digue principale qui enserre le Yangtsé est restée intacte, de nombreux ouvrages secondaires situés dans des régions très peuplées se sont rompus ces deux dernières semaines, faisant des centaines, voire des milliers de morts. Parmi les événements les plus spectaculaires, figure la rupture d’une digue de 10 mètres de haut survenue dans le district de Jiayu, à 70 kilomètres du grand centre industriel de Wuhan (7 millions d’habitants), dans le centre de la Chine. La rupture a provoqué brutalement l’inondation de deux cantons peuplés de 53.000 habitants, faisant des centaines de morts dont 150 militaires, selon des sources concordantes. La presse chinoise, très avare d’informations sur le bilan des victimes, a finalement reconnu mercredi que 19 soldats avaient été portés disparus, après avoir, dans un premier temps, affirmé que l’accident avait fait un seul mort. De nombreuses autres ruptures se sont produites, notamment à Ruichang dans la province orientale du Jiangxi où les autorités ont reconnu qu’une protection s’était désintégrée sur 200 mètres, «prenant au piège» les 20.000 habitants de la ville. «Le gouvernement nous affirme qu’il contrôle la situation», notait Mme Ma Huiyun, du bureau du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Pékin, tout en reconnaissant l’existence d’un débat en Chine sur le système de contrôle des crues. «Les inondations actuelles ont mis au jour de nombreux problèmes», relève pour sa part un diplomate occidental, ajoutant que le gouvernement chinois devra «nécessairement en tirer des leçons». Plusieurs responsables locaux ont été sanctionnés récemment pour avoir quitté leur poste de surveillance, détourné des secours ou avoir insuffisamment préparé la population à la montée des eaux. Mais aucun responsable national n’a jusqu’à présent été mis en cause pour sa responsabilité dans la gravité des ces inondations. «Pour réduire les pertes en vies humaines et en biens durant la saison des pluies dans le moyen et bas bassin du Yangtsé, il faut fortement réduire la déforestation et replanter des arbres dans le bassin supérieur», a noté le «China Daily». Le quotidien n’a en revanche à aucun moment mentionné le barrage des Trois Gorges, un ouvrage pharaonique dont la construction a été décidée notamment afin d’arrêter les crues du Yangtsé, grâce à un lac de retenue de 632 kilomètres carrés formé en amont. Cet ouvrage, qui doit être achevé en 2009, a déjà suscité de nombreuses critiques des écologistes: ceux-ci estiment en substance que s’il permettra de réguler le cours du fleuve en aval, il pourrait cependant aggraver les problèmes d’envasement en amont. (AFP)
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