Un site Internet, la Bourse de Hollywood, HSX (Hollywood Stock Exchange), captive les cinéphiles branchés mais aussi les studios qui utilisent ce jeu évoquant celui du Monopoly pour peaufiner leurs études de marché. Virtuelle (sa seule adresse est www.hsx.com), insensible aux fluctuations des marchés (on y joue avec des «dollars Hollywood» ou HD), cette bourse est aussi très fréquentée, avec plus de 100.000 «boursiers». Au moment de son inscription, l’internaute reçoit deux millions de HD pour se constituer un portefeuille de titres d’acteurs, de films et de studios. Selon Max Keiser, ex-boursier à Wall Street et fondateur de HSX, «il s’y échange 250 millions d’actions par jour», la moitié du volume quotidien de la bourse de New York l’an dernier. Comme dans toute bourse, le jeu consiste à spéculer sur l’avenir. Mais à HSX, les actions sont des films et les obligations des acteurs. La valeur d’une obligation est déterminée par les recettes des films dans lesquels a joué un acteur les trois années précédentes. Quant aux actions, offertes à un prix fixé par la Banque d’investissement de Hollywood, leur valeur est fonction du montant estimé de ses recettes après quatre semaines d’exploitation en salle. A cette date, intervient leur retrait du marché, chaque «dollar Hollywood» représentant un million de dollars de recettes. Chacun peut alors évaluer ses gains ou ses pertes. Ainsi, ceux qui avaient acheté l’action «Saving Private Ryan», le dernier film de Steven Spielberg, au plus haut, à 120 HD, pariaient qu’il récolterait autant de millions de dollars de recettes au moment de son retrait du marché. Mais après un premier week-end à 30 millions de dollars en salle, la cote du film est tombée à 90 HD. Sommes virtuelles «Il existe une corrélation assez étroite entre la cote d’un film à la bourse et ses recettes au box-office, car nos boursiers sont aussi des acheteurs de tickets» de cinéma, explique Max Keiser. Selon lui, la communauté de HSX «constitue un échantillon représentatif du public des cinéphiles, où toutes les classes sociales et professions sont représentées». Toute cette activité a attiré l’attention des studios et Max Keiser affirme que «deux d’entre eux emploient des gens à plein temps pour jouer sur notre bourse et en surveiller l’activité». HSX leur offre un outil supplémentaire pour étudier leur audience, une moyenne de 35.000 boursiers, originaires d’une centaine de pays, pariant chaque jour sur l’avenir de Tom Hanks ou les chances de succès du dernier Disney. HSX vend aux studios «des études sur les échanges et les tendances du marché selon l’origine géographique des boursiers», précise Max Keiser. Comme les projections organisées par les studios avant une sortie en salle, elles servent à modifier éventuellement le contenu d’un film ou sa campagne de promotion. En retour, outre la satisfaction de gagner des sommes virtuelles, les boursiers ont «le sentiment que leur activité a un impact sur la façon dont les films sont fabriqués et promus», estime Max Keiser. L’affaire HSX est florissante. Car HSX dispose d’une seconde source de revenus grâce à son alliance avec un marchand de cassettes vidéo par correspondance et la librairie virtuelle Amazon. com. Le cinéphile averti peut accéder directement à leurs sites tout en restant sur celui de HSX et y trouver la filmographie d’Orson Welles, le dernier ouvrage sur Harrison Ford ou encore un titre de rigueur pour l’apprenti boursier: «L’alchimie de la finance», de George Soros. HSX qui employait douze personnes il y a six mois en emploie vingt aujourd’hui. Et un an après sa création, la compagnie vient de recevoir 4 millions de dollars d’une société de capital-risque pour développer son activité. (AFP)
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