Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

900 ans plus tard, Hildegarde de Bingen se réveille superstar

Les chants grégoriens (interprétés par des moines bénédictins espagnols), devenus No 1 au hit-parade, il y a cinq ans, ont donné le ton... La musique religieuse ancienne s’accorde bien au goût du millénaire tirant à sa fin. Tant et si bien qu’aux Etats-Unis on célèbre cette année un anniversaire de naissance, remontant à bien loin, plus précisément à 900 ans, celui de la mystique allemande Hildegarde de Bingen. Cette religieuse, qui était tout à la fois théologienne, poète et savante, était en outre douée d’un grand talent musical. A l’occasion donc de ce neuvième centenaire, on s’est mis à l’heure de ses compositions. L’enregistrement de certaines de ses partitions (en particulier «Les Cantiques de l’extase») s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. On note un égal succès en Europe. Et tout récemment, aux 8es Rencontres de musique médiévale du Thoron (France), l’Ensemble Gilles Binchois a donné un concert consacré à ses œuvres, concert qui est également programmé pour le 19 septembre prochain à Bingen à l’occasion d’un colloque consacré à l’illustre abbesse. Hildegarde, qui a accédé à l’état de béatitude, a fondé en 1147 le monastère de Rupetsberg et, en 1165, celui d’Einbengen, en Allemagne. Son savoir et ses visions l’avaient rendue célèbre, amenant princes et prélats à la consulter. Elle a laissé un traité dogmatique, la «Scivias», auquel Dante a emprunté sa vision de la Trinité, un traité de médecine «Causae et Curae» et une importante correspondance en allemand et en latin. Elle maniait avec autant d’art les pinceaux et les couleurs. Elle a réalisé des enluminures tout en finesse qui étaient une interprétation personnelle du monde végétal. Elle était «verte» avant les verts. «Le verdoiement, a - t -elle écrit, est source de créativité et de fécondité». Côté musique, on lui doit près de 155 monodies dont la «Symphonie des veuves» et surtout un «Ordo Virtutum» contenant les éléments d’un «mystère» (drame religieux du Moyen Age). Les musicologues américains s’en réfèrent aux rythmes et aux mélodies d’il y a 900 ans parce qu’ils voient en Hildegarde un précurseur aussi bien des siècles qui l’ont suivie que des temps modernes. Ils retrouvent dans ces partitions des développements thématiques dont se sont servis plus tard Haydn et Mozart. On a dit aussi que la religieuse a créé de nouvelles expressions musicales, un style et des textures qui ont pavé le chemin aux périodes classiques et romantiques. Ses mélodies ont été qualifiées d’expansives, adjectif employé pour désigner la veine créatrice de Schubert, Tchaikovsky, Berlioz et Mendelssohn. En avance des «Verts», des féministes et des œcuménistes Par ailleurs, son inspiration lyrique n’était pas moins spectaculaire puisqu’elle exploitait toutes les possibilités de la voix humaine. Les chants portant sa signature sont une succession d’arias calmes et de vocalises fortissimo. On l’a comparée pour cela à un compositeur de bel canto, et aussi à une «Rock star médiévale». Et parce que ses chants exigeaient un grand effort physique, ses interprètes en arrivaient à s’évanouir au cours d’un récital ! Il n’est pas jusqu’au mouvement New Age qui ne se reconnaisse dans ses incantations éthérées et sublîmées. Elle ne pouvait pas non plus laisser indifférentes les féministes contemporaines car elle avait choisi d’assumer ses propres choix et elle avait bien compris les spécificités de l’identité féminine. Dans son traité de médecin, elle aborde avec beaucoup de justesse la sexualité des femmes et la force d’un amour partagé. Une identification qui fait donc l’unanimité quant on voit l’impressionnant programme de célébration de ce 900e anniversaire ne serait-ce qu’aux Etats-Unis où sont organisés un grand nombre de séminaires, de colloques, de symposiums et de concerts. Les productions biographiques et discographiques ne sont pas moindres. Une vingtaine de biographies et d’études la concernant sont déjà sur les rayons des librairies et une quinzaine d’enregistrements de ses oeuvres musicales sont sur le marché. Un film - documentaire relatant sa vie sortira en novembre. Les détails de toutes ces manifestations sont sur un site Internet. Hildegarde de Binger, une femme de la Renaissance avant la Renaissance. Sa vie a embrassé le 12e siècle dont elle a voulu percer toutes les connaissances. Elle se posait continuellement des questions sur le monde réel et le monde spirituel. Elle voyait, comme plus tard Baudelaire, une correspondance entre l’art, la science et la spiritualité. Elle avait fait voeu de glorifier Dieu en semant à tout vent le savoir, la grâce et la beauté. Pour elle tout est harmonie et «les humains sont les instruments de musique de Dieu».
Les chants grégoriens (interprétés par des moines bénédictins espagnols), devenus No 1 au hit-parade, il y a cinq ans, ont donné le ton... La musique religieuse ancienne s’accorde bien au goût du millénaire tirant à sa fin. Tant et si bien qu’aux Etats-Unis on célèbre cette année un anniversaire de naissance, remontant à bien loin, plus précisément à 900 ans, celui de la mystique allemande Hildegarde de Bingen. Cette religieuse, qui était tout à la fois théologienne, poète et savante, était en outre douée d’un grand talent musical. A l’occasion donc de ce neuvième centenaire, on s’est mis à l’heure de ses compositions. L’enregistrement de certaines de ses partitions (en particulier «Les Cantiques de l’extase») s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. On note un égal succès...