La recherche de la forme, qui est l’obsession de tous les sportifs, a conduit progressivement aux frontières du dopage et en tout cas compromis la santé des champions, suivant une évolution généralement constatée. Selon la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé (OMS), «la santé est un état de bien-être complet, physique, psychique et social». Une définition assez voisine de ce qu’on appelle la forme, ce moment de grâce où le champion accomplit ses meilleures performances. Sauf qu’il y manque précisément le facteur performance lequel, supposant un dépassement permanent de soi et des autres, conduit nécessairement à des excès. «Le champion est un être anormal auquel on demande des choses anormales», a dit Yves Brouzet, qui fut en 1973 le premier athlète français à lancer le poids à plus de 20 mètres (20,20 mètres) et demeure le seul, à ce jour, à avoir réalisé cette performance. Pour atteindre une telle limite et même la dépasser largement (le record du monde a progressé de plus de 5 mètres en moins d’un demi-siècle!), il a fallu notamment s’entraîner toujours davantage. Or, l’entraînement repose sur un principe immuable. Dans un premier temps, il conduit à une baisse des potentialités physiques. Après une phase de récupération, intervient ce qu’on appelle la «surcompensation», qui autorise des performances supérieures. La tentation est forte, quand on veut s’entraîner toujours plus, d’abréger la phase de récupération. Ce «surentraînement» aboutit alors à un épuisement de l’organisme, c’est-à-dire au contraire de l’effet recherché. «Le meilleur remède, c’est... le repos» «Quand un sportif est fatigué, le meilleur remède, c’est le repos», affirme depuis toujours Alexandre de Mérode, président de la commission médicale du Comité international olympique (CIO). De cette évidence, à laquelle se range volontiers le commun des mortels, le milieu sportif, travaillé par de puissants intérêts économiques, pouvait difficilement se satisfaire. A des sportifs exempts de toute affection, c’est-à-dire en bonne santé, on a donc apporté, à l’intérieur d’une «préparation biologique», «la compensation à de soi-disant déséquilibres», selon l’expression du Dr Denys Barrault, ancien chef du département médical de l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP). Cette «complémentation», suivant la terminologie médicale, s’est bientôt accompagnée d’une «supplémentation». On ne cherchait plus seulement à compenser un manque, mais à apporter un plus. Ce qui a fait dire au Pr Claude-Louis Gallien, président de la Commission nationale de lutte contre le dopage: «Voilà quelques années, on se dopait pour faire un coup le jour ‘J’. Aujourd’hui, on se dope simplement pour supporter l’entraînement». Dans un avis rendu le 18 mai 1993, le Comité national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, présidé par le Pr Jean-Pierre Changeux, s’est opposé à l’administration de compensations hormonales pour les sportifs. «Les limites sont étroites entre ce qui est considéré comme un dopage endocrinien et une compensation endocrinienne», a estimé le comité. Considérant que les déficits constatés sont la conséquence du caractère excessif d’une pratique intensive, il a indiqué qu’il convenait «de porter remède aux causes des déficits, et non pas de les compenser tout en maintenant les causes qui les ont provoquées». Il a ajouté avec force qu’il incombait au milieu sportif et à son environnement «la responsabilité de faire en sorte que la poursuite de la performance ne revienne pas à sacrifier la santé des athlètes».
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