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Actualités - Chronologie

Dopage : la boîte de Pandoré

A cause ou grâce au plus grand scandale jamais provoqué par une affaire de dopage, le cyclisme ne sera plus jamais le même sport. Suivant les critères en vigueur, ceux qui servaient à lutter contre le dopage dans la plupart des sports, le tour 98 fut totalement propre: aucun coureur n’a été contrôlé positif entre le départ de Dublin le 11 juillet et l’arrivée à Paris dimanche. Au long de ces trois semaines de course, le vainqueur d’étape, le porteur du maillot jaune et trois coureurs choisis au hasard ont été contrôlés chaque jour. Des contrôles sanguins ont également été pratiqués sur toutes les équipes avant le départ d’étapes. Résultat.? Aucun coureur n’a été déclaré positif. Mais la saisie de produits dopants, de masquants, d’anabolisants et de vaccins contre l’hépatite B dans la voiture de Willy Voet, masseur des Festina, trois jours avant le prologue ne peut conduire qu’à deux conclusions: le dopage est un phénomène dont on mesure mal l’ampleur et les contrôles sont inefficaces. Le président de l’UCI, Heinz Verbruggen, a lui-même reconnu que les tests ne permettent pas de déceler certains produits interdits. «Nous savons que les contrôles ne montrent que la partie émergée de l’iceberg. Mais je ne peux dire si ce sont 10, 20 ou 40% des coureurs qui ont recours au dopage», a-t-il expliqué. Une action de l’UCI est d’autant plus urgente que le Tour de France, institution octogénaire, a bien failli sombrer dans le scandale du dopage. «Nous voulons que l’UCI fasse quelque chose pour lutter contre le dopage. Qu’elle fasse le premier pas et nous, les coureurs, nous suivrons», a lancé le Danois Bjarne Riis, vainqueur de l’édition 1996 de la Grande boucle et porte-parole du peloton. Une table ronde est prévue à la fin de la saison avec les représentants des coureurs, des directeurs sportifs. L’espérance reste au fond de la jarre L’instance internationale avait pris des mesures spectaculaires avec les contrôles sanguins, l’établissement du taux hématocrite à 50% et la promesse d’instaurer un carnet de santé à partir du 1er janvier. Les coureurs peuvent estimer qu’aucun autre sport n’a imposé autant de restrictions. L’objectif était de décourager certains d’avoir recours à l’EPO, cette substance qui favorise l’oxygénation du sang et la résistance à l’effort, mais qui met gravement en danger les organes vitaux (cœur, reins, foie). Malgré cela, les coureurs de Festina, exclus du Tour le 17 juillet, ont reconnu avoir fait usage d’EPO. Le seul effet des mesures de l’UCI fut donc que les coureurs ont continué à prendre des substances illicites mais l’ont fait sous assistance médicale pour éviter un dépassement du taux d’hématocrite. Les aveux de sept des neufs coureurs de la formation andorrane laissent penser que la pratique du dopage était relativement banale. Ce soupçon a été confirmé par la mise en examen de l’Italien Rodolfo Massi qui aurait organisé un «trafic» de produits dopants et d’EPO au sein du peloton. C’est la première fois dans l’histoire du cyclisme qu’un coureur va devoir répondre devant la justice de ses agissements en matière de dopage. Le médecin de l’équipe Once de Laurent Jalabert, Nicolas Terrados, a subi le même sort et a été placé sous contrôle judiciaire. Des substances prohibées ont été retrouvées dans ses affaires. Les coureurs de l’équipe TVM auront eux aussi à fournir quelques éclaircissements sur la saisie de produits dopants lors d’une perquisition dans leur hôtel de Pamiers. Le coup de tonnerre qui a frappé le Tour de France ne tient en fait qu’à un changement: la police et la justice ont décidé de s’intéresser aux pratiques sportives et de lutter contre les trafiquants. Leurs moyens d’investigation sont sûrement plus efficaces et ils sont totalement extérieurs aux intérêts du cyclisme. Aussi ne fait-il guère de doute que le feuilleton qui a animé le Tour 98 est loin d’être fini. Pendant de longues années, le sport cycliste n’avait bruit que de rumeurs invérifiables. Il y a désormais des confessions publiques, enregistrées dans des procès-verbaux de police. L’interpellation du masseur Willy Voet, près de la frontière belge au début du mois de juillet, a marqué le début d’une ère d’incertitude. La mythologie grecque raconte que Pandore, première femme façonnée par Zeus, ouvrit la jarre enfermant tous les maux de l’humanité que lui avait confiée le Dieu des dieux. Les maux se répandirent sur la Terre, à l’exception de l’espérance qui resta au fond de la jarre.
A cause ou grâce au plus grand scandale jamais provoqué par une affaire de dopage, le cyclisme ne sera plus jamais le même sport. Suivant les critères en vigueur, ceux qui servaient à lutter contre le dopage dans la plupart des sports, le tour 98 fut totalement propre: aucun coureur n’a été contrôlé positif entre le départ de Dublin le 11 juillet et l’arrivée à Paris dimanche. Au long de ces trois semaines de course, le vainqueur d’étape, le porteur du maillot jaune et trois coureurs choisis au hasard ont été contrôlés chaque jour. Des contrôles sanguins ont également été pratiqués sur toutes les équipes avant le départ d’étapes. Résultat.? Aucun coureur n’a été déclaré positif. Mais la saisie de produits dopants, de masquants, d’anabolisants et de vaccins contre l’hépatite B dans la voiture...