En s’alliant avec quatre grands mondiaux de l’électronique et de l’informatique, Thomson Multimedia (TMM) veut pénétrer le marché des services interactifs, qui offre des revenus récurrents permettant de compenser les faibles marges de son activité traditionnelle. Le gouvernement français a annoncé jeudi soir une ouverture du capital pour permettre aux groupes Alcatel, Microsoft, NEC Corp et DirecTV (groupe Hughes Electronics) de prendre chacun une participation de 7,5%. A l’issue de l’opération, qui aura lieu à l’automne après les travaux de valorisation, TMM restera contrôlé à hauteur de 70% par la holding publique Thomson SA, qui détient encore 30% de Thomson-CSF, privatisé partiellement au profit d’Alcatel et de Dassault ces derniers mois. Une introduction en Bourse n’est pas envisagée actuellement car l’entreprise doit encore se renforcer, déclare-t-on de source gouvernementale. TMM vise un chiffre d’affaires de 39 milliards de FF environ pour 1998, soit une progression de 3,0%. Le résultat d’exploitation devrait être positif mais la situation financière reste très fragile. Les fonds apportés par les quatre partenaires permettront de financer des activités nouvelles. Des protocoles d’accord ont été signés avec chacun d’eux pour couvrir plusieurs segments: les composants TV et vidéo, les produits grand public, les technologies numériques et les activités multimédias. Ainsi TMM fournira à Microsoft des décodeurs pour son Web-TV tandis que le groupe américain lui apportera son système d’exploitation léger Windows CE permettant certaines opérations (rédaction d’une lettre, envoi de messages e-mail) sur un téléviseur. Les services interactifs Bien que numéro 4 mondial du secteur, TMM doute de la possibilité de gagner durablement de l’argent sur le seul marché des téléviseurs et des magnétoscopes, où la concurrence est vive, particulièrement de la part des fabricants des pays à faible coût de main-d’œuvre en Asie du Sud-Est. Comme les autres fabricants, le groupe français tente de se placer sur le segment haut de gamme avec les appareils à format 16/9, dont les ventes ont explosé en Europe à l’occasion de la Coupe du monde de football, et les téléviseurs à écran plat. Mais cela ne suffit pas. «On ne peut plus se contenter d’une logique d’assemblage et de commercialisation de téléviseurs et de magnétoscopes», dit-on chez Thomson Multimedia. «Il faut se renforcer en amont dans les composants et en aval dans les services. Nous devons entrer dans le marché émergent des services interactifs qui constitue une source de revenus récurrents», souligne un responsable. TMM expérimente déjà cette nouvelle approche. Il s’est en effet associé à la société Gemstar pour développer et commercialiser un guide de programmes interactif pour la télévision numérique. Les deux entreprises se partagent les revenus. Numéro un de la télévision aux Etats-Unis depuis le rachat de RCA à General Electric à la fin des années 1980, Thomson Multimedia s’est fortement développé ces dernières années dans la télévision numérique, fournissant des décodeurs à DirecTV, dont le bouquet satellitaire compte quelque 200 canaux. En Europe, ce marché est encore balbutiant, ce qui laisse une marge de progression importante. Aux Etats-Unis, les industriels sont passés à l’étape suivante, le développement des services interactifs. «Avec 30 chaînes on peut encore zapper avec sa télécommande. Avec 200, il faut un guide intelligent. On ne regarde plus la télévision de la même manière», explique un spécialiste. Mais cette métamorphose nécessitera quelques années, pour doper les résultats de Thomson Multimedia. Le groupe, qui a bénéficié l’an dernier d’une recapitalisation record de 10,9 milliards de FF ayant permis de son endettement à 5,6 milliards, a enregistré au premier semestre 1998 un bénéfice d’exploitation de 64 millions de FF contre une perte de 538 millions pour les six premiers mois de 1997. D’ores et déjà, les responsables proches du dossier estiment que l’opération apporte un démenti à l’ancien premier ministre RPR Alain Juppé. Lors d’une première tentative de privatisation en 1996 au profit du groupe coréen Daewoo pour un franc symbolique, il avait déclaré: «Thomson Multimedia, ça vaut un franc symbolique après recapitalisation parce que dans l’état actuel des choses, cela ne vaut rien; cela vaut 14 milliards de dettes». (Reuters)
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