Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Les chinoiseries du mariage

Dans un fracas de pétards, de tambours et de cymbales, la jeune mariée, les joues aussi rouges que sa veste, fait son entrée dans la demeure au ciment frais où l’attend son promis pour fêter leur mariage. Mais Wu Tianqiong, 25 ans, et son mari Shen Shibin, 27 ans, n’habiteront pas la maison qu’ils viennent de faire cons-truire au beau milieu des cultures en terrasse du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. Dès le lendemain de la noce, ils rentreront travailler à Canton, à plus de 1.000 kilomètres de leur village natal. Les parents de Tianqiong s’installeront dans la nouvelle construction, en attendant que les tourtereaux reviennent, au plus tôt dans un an. S’ils ont un enfant, il restera avec ses grands-parents dans l’une des deux pièces de la simple maison aux murs blanchis à la chaux. Tianqiong et Shibin font partie des quelque 130 millions de ruraux chinois qui composent «la population flottante» partie chercher du travail dans les grandes villes côtières de l’est et du sud du pays. Ils y sont utilisés comme main-d’œuvre à bon marché mais n’y jouissent d’aucune existence légale, restant à vie considérés comme «paysans». A moins de payer le double des frais d’inscription, leurs enfants ne peuvent aller à l’école et l’accès aux soins médicaux leur est interdit. Tête de cochon «J’ai pleuré toute la journée la première fois que je suis arrivée à Canton», raconte Tianqiong, alors que se prépare le déjeuner de noces. «Mais cela fait 7 ans maintenant. De toute façon je n’ai pas le choix, c’est le seul moyen de gagner de l’argent», assure-t-elle, les cheveux couverts d’un diadème de fleurs en plastique rouges. Ses cousins restés au pays travaillent la terre ou bien se font embaucher dans la petite ville voisine de Qinhua pour transporter des charges sur l’épaule avec leur palanche en bambou. Ils peuvent rester des journées entières au bord de la route sans le moindre client. Employée par une usine de gants, Tianqiong est en revanche assurée de gagner plus de 300 yuans par mois (36 dollars) comme Shibin, qui lui a quitté les environs de Qinhua il y a cinq ans pour travailler comme ouvrier dans plusieurs usines de la région de Canton. Mais le mariage du jeune couple a été arrangé depuis leur village natal. La tête d’un cochon tué la veille a été suspendue à un des murs de la salle principale: elle est destinée à la marieuse qui a engagé les négociations entre les deux familles. Devant la centaine d’invités entassés dans la nouvelle maison, les jeunes gens enfilent, l’un par dessus l’autre, les vêtements offerts par la famille de la mariée, qui a aussi fourni les meubles et un téléviseur. Du côté du jeune homme, on a contribué au mariage en espèces afin de financer le banquet et une partie de la maison. Celle-ci a été construite en l’espace d’un mois pour la somme de 20.000 yuans (2.400 dollars), indique fièrement Shibin. Devant le couple incliné respectueusement, le secrétaire local du Parti communiste chinois prononce un discours, où revient la nécessité «d’approfondir la politique de réformes et d’ouverture», chère au cœur de Deng Xiaoping, l’ancien numéro un chinois qui a vu le jour à une cinquantaine de kilomètres de là. Shibin ne se souvient même plus de la date à laquelle son mariage a été officiellement enregistré par les autorités locales, au cours d’une «cérémonie» paperassière et peu romantique. Pour la nuit de noces, un lit à baldaquin de bois rouge a été préparé. Les intimes du couple y prendront place pour une partie de cartes, puis videront les lieux, assurent-ils, quand Tianqiong et Shibin se sentiront «fatigués». (AFP)
Dans un fracas de pétards, de tambours et de cymbales, la jeune mariée, les joues aussi rouges que sa veste, fait son entrée dans la demeure au ciment frais où l’attend son promis pour fêter leur mariage. Mais Wu Tianqiong, 25 ans, et son mari Shen Shibin, 27 ans, n’habiteront pas la maison qu’ils viennent de faire cons-truire au beau milieu des cultures en terrasse du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine. Dès le lendemain de la noce, ils rentreront travailler à Canton, à plus de 1.000 kilomètres de leur village natal. Les parents de Tianqiong s’installeront dans la nouvelle construction, en attendant que les tourtereaux reviennent, au plus tôt dans un an. S’ils ont un enfant, il restera avec ses grands-parents dans l’une des deux pièces de la simple maison aux murs blanchis à la chaux. Tianqiong et Shibin font...