Le PDG de Microsoft, Bill Gates, a défendu son empire devant la commission judiciaire du Sénat américain, qui a décortiqué les pratiques commerciales du numéro un mondial des logiciels accusé de vouloir envahir Internet. Pendant quatre heures et demie, les sénateurs ont imposé un feu roulant de questions. Ils cherchaient à déterminer si Microsoft viole la loi antimonopole en se servant de sa domination des micro-ordinateurs pour imposer sa technologie à Internet. «M. Gates, personne n’est au-dessus de la loi, quel que soit son pouvoir et son degré de succès», a lancé en guise d’ouverture le sénateur démocrate du Wisconsin Herb Kohl. Plus amène, le président républicain de la commission, Orin Hatch (Utah), a souligné que «l’avenir de l’innovation dans l’industrie des logiciels dépend pour une large part du pouvoir, des pratiques commerciales, voire du succès de Microsoft». «Il s’agit de trouver les moyens de garder ouverte la porte d’Internet», a ajouté le républicain Mike Dewine (Ohio). «Personne ne doit détenir la clef» du réseau informatique mondial. Microsoft tente de prendre pied dans tous les secteurs d’activité liés au réseau, considéré comme le moyen privilégié de communication de demain. De la guerre des logiciels de navigation aux contrats préférentiels avec les fournisseurs d’accès à Internet et les éditeurs de contenus sur le Web, M. Gates a dû répondre à des questions précises portant sur tous les aspects de sa stratégie Internet. Le groupe de Redmond (Etat de Washington) fait déjà l’objet de poursuites judiciaires des services anti-trust du gouvernement, qui l’accusent de saper le marché pour des technologies Internet indépendantes en intégrant les fonctions de navigation sur Internet à son système d’exploitation, Windows. Windows constitue l’intelligence de base de neuf micro-ordinateurs sur dix dans le monde. L’usine à idées A plusieurs reprises, le fondateur de Microsoft a été contraint de préciser d’évasives réparties. Lorsqu’il affirmait «ne pas détenir le monopole sur le pouvoir de développement de systèmes d’exploitation», M. Hatch a ainsi demandé: «Etes-vous en train de dire que Microsoft n’exerce pas de monopole sur les systèmes d’exploitation?». «Je ne répondrai pas d’un point de vue légal», a rétorqué M. Gates, le visage pincé. «Mais ce que je sais, c’est que nous devons évoluer, nous devons bouger, sous peine de nous voir remplacés», a-t-il dit, se référant à la façon dont IBM, mastodonte des années 70, a vu sa domination de l’informatique s’effondrer avec l’arrivée des ordinateurs personnels. «La concurrence existe», a continué M. Gates. «Aucune entreprise n’est propriétaire de l’usine à idées». «Il n’y a pas de concurrence, pas de choix dans le marché des systèmes d’exploitation pour PC», avait dit juste auparavant Scott McNealy, le PDG de Sun Microsystems, l’inventeur du langage universel de programmation pour Internet Java. «En conséquence, les PC de Microsoft tiennent lieu de portes d’accès à Internet dans le monde entier». M. McNealy reproche à Microsoft d’avoir recours «à des pratiques prédatrices». Sun a intenté un procès contre Microsoft, qu’il accuse de détourner Java en faisant en sorte que sa version du langage ne fonctionne qu’avec Windows. Netscape, le pionnier des logiciels de navigation sur le Web, a fait les frais de telles pratiques, a affirmé son PDG, Jim Barksdale. Microsoft «a fait tout ce qu’il a pu pour nous faire couler», a-t-il lancé. A la fin de l’audience, un échange a donné la mesure des divergences. Il s’agissait de savoir si les éditeurs de contenu sur le Web, partenaires de Microsoft, ont le droit de promouvoir les produits de concurrents comme Netscape. Le président de la commission a dû se fâcher pour que M. Gates réponde. «Limitez-vous oui ou non la promotion ou la publicité que vos partenaires accordent à Netscape?» «Oui», a fini par accorder le patron de Microsoft. (AFP)
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