Tous les océans du monde se rejoignent à Lisbonne dans un aquarium novateur réalisé à l’occasion d’Expo’98 par l’architecte américain Peter Chermayeff qui a consacré sa carrière à ce type de bâtiments réclamant imagination, sens de l’organisation, connaissances biologiques et beaucoup de goût. Né à Londres en 1936 mais formé à Harvard aux Etats-Unis, Peter Chermayeff y ajoute une bonne dose de poésie. A l’approche du Pavillon des océans, au centre de l’immense chantier de l’exposition internationale qui ouvrira au public le 22 mai, ses yeux pétillent de satisfaction. Le bâtiment paraît reposer sur les eaux du Tage, tel un navire que l’on aborde par une longue passerelle métallique. Equipé d’un trousseau de clefs pour ouvrir les portes provisoires de contreplaqué qui isolent les zones où certains animaux sont déjà installés, l’architecte accorde une interview et une visite exclusive à travers son domaine dont il découvre avec jubilation les dernières améliorations. Une première porte s’ouvre sur une vision des côtes rocheuses de l’Atlantique nord: de jeunes macareux moines méditent au bord de l’eau en compagnie de guillemots et de godes (petits pingouins). L’arrivée de visiteurs ne les perturbe aucunement. Une autre porte et le décor change. Ici, les rochers noirs et striés forment un amas cahotique des côtes d’Amérique du Sud proche du Cap Horn. Les rochers sont faux, explique Peter Chermayeff: ils ont été réalisés à partir de moulages qui leur donnent un véritable aspect d’authenticité. Des pingouins de Magellan plongent et semblent s’envoler vers les profondeurs. Plus loin, nous voici sur les côtes de Californie. Un tronc flottant barre l’horizon. Deux biologistes, un seau de poissons à la main, nourrissent un couple de loutres marines qui paraissent apprécier le déjeuner. Le repas terminé, les loutres se livrent à mille galipettes puis se grattent l’abdomen avec délectation. Ces animaux se sont si bien adaptés, affirme l’architecte, que la femelle attend déjà des petits. «Le quatrième coin»… Aucun animal ne peuple encore le quatrième «coin», consacré à l’océan Indien. Des échassiers à ailes noires y sont attendus. Ils pourront donner du bec dans le récif corallien pour y cueillir leur pitance. La chaleur moite contraste avec le froid ou la température modérée des autres habitats. Les poissons sont encore en quarantaine. Bientôt, ils seront introduits progressivement, espèce par espèce, pour leur laisser le temps de s’adapter, indique Peter Chermayeff. Au dernier étage, non accessible au public, des ascenseurs permettent d’introduire les poissons dans l’aquarium en y plongeant leur bocal dont ils n’ont plus qu’à sortir tranquillement pour évoluer dans les 6.078 mètres cubes (6 millions de litres) d’eau de mer reconstituée. L’aquarium comptera quelque 8.000 spécimens de 250 espèces différentes. Le visiteur aura l’impression que tous cohabitent dans le même océan mondial car, de divers points de vue, son regard portera à travers les coins d’habitat spécifique et leurs parois invisibles en acrylique vers l’aquarium central et même au-delà, vers le coin d’habitat opposé. «Par des vues en diagonale sur 70 mètres d’eau, explique Peter Chermayeff, vous aurez l’excitation de la distance, l’illusion de l’océan unique». Le réservoir central (4,7 millions de litres ) assure la transition dans son décor et sa flore avec les quatre coins d’habitants spécifiques qui le bordent. «Nous mélangeons les habitats physiquement, mais également visuellement», affirme-t-il. Là réside la nouveauté de cet aquarium. Effectivement, lorsque vous vous promenez au niveau inférieur, dans la pénombre accentuée par la teinte sombre du sol au plafond, vous découvrez la vie sous-marine par des fenêtres puis, au tournant suivant, votre regard ne suffit plus à embrasser l’ensemble du panorama des fonds marins. (AFP)
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