Si un jour un «petit homme vert» vient à contacter la Terre, Darren Leigh espère bien qu’il sera le premier destinataire de son message. Depuis deux ans, il scrute en effet les profondeurs de l’univers à l’affût d’un éventuel signal radio en provenance d’une tout aussi incertaine civilisation extraterrestre. Tapi au sommet d’une colline de la lointaine banlieue de Boston, le radiotélescope d’Oak Ridge est le quartier général du projet BETA. Là, comme dans une poignée d’autres observatoires américains, d’éminents astrophysiciens pratiquent un genre de chasse un peu particulier, récemment popularisé par le film «Contact», la «recherche d’intelligence extraterrestre» (SETI). Dans un étroit bâtiment niché à l’ombre de la parabole de 26 m de diamètre qui lui sert d’oreille, Darren Leigh, chercheur de l’université de Harvard (Massachusetts), règne sur une batterie d’ordinateurs branchés en permanence sur tous les murmures suspects du cosmos. «Ici, nous faisons de la science, pas de la science fiction», annonce-t-il d’entrée. «Nous ne cherchons pas des soucoupes volantes (...) mais des signaux radio artificiels susceptibles de venir d’autres civilisations». Toutes les 16 secondes, la gigantesque antenne réalise un sondage radio du ciel en balayant et en archivant scrupuleusement quelque 240 millions de canaux, de quoi remplir tous les jours l’équivalent d’un CD-rom de données. De cette masse de petits «bips» insignifiants, l’ordinateur élimine impitoyablement toutes les interférences et ne retient chaque jour qu’une petite dizaine de candidats intéressants. «Pour être un bon candidat, un signal doit avoir deux caractéristiques essentielles», explique Darren Leigh. «Il doit avant tout être artificiel et ensuite être très, très pur parce que la nature est incapable d’émettre des sons très purs». «Je dois reconnaître que nous n’en avons toujours pas entendu un (...) mais nous avons de bonnes chances d’y parvenir», s’empresse-t-il d’ajouter. Sur la bonne voie Président de l’institut SETI de Mountain View (Californie), Frank Drake est lui aussi persuadé qu’il finira par capter ce signal tant attendu. En 1961, c’est lui qui a lancé la première grande battue extraterrestre, le projet OZMA, avec un jeune astronome jusque-là inconnu, Carl Sagan. Aujourd’hui, plus que jamais, il y croit. «Ces deux dernières années, le rocher martien et la série de découvertes de planètes extra-solaires ont prouvé que nous étions sur la bonne voie», assure-t-il. «Cela confirme que la vie existe dans l’univers et que nous pouvons la trouver». Mais le Pr Drake va encore plus loin. Non seulement la vie existe sous sa forme la plus primaire, dit-il, mais aussi sous sa forme la plus évoluée. «Si notre mémoire fossile constitue un bon guide, elle nous apprend que partout où il y a de la vie et un peu de temps, des êtres intelligents se développent, améliorent la qualité de leur existence puis inventent la technologie», indique le chercheur. «Ce phénomène s’est produit plusieurs fois sur Terre, (...) vu notre âge, des civilisations avancées doivent forcément exister». Même si ces projets ne font plus ricaner aujourd’hui la communauté scientifique, ils laissent encore nombre de ses membres plutôt sceptiques. Et notamment à la NASA, dont l’ambitieux projet SETI a été brutalement interrompu en 1993 faute de crédits. «C’est vraiment un travail de longue haleine», estime Ed Weiler, le patron du programme des origines de la NASA. «Pour réussir, vous devez trouver un petit homme vert qui dispose d’un émetteur, puis d’une immense parabole pointée dans notre direction au moment précis où nous écoutons». «Cela vaut le coup d’essayer, mais je ne parierais pas ma maison là-dessus», pérore-t-il, ajoutant, «je préfère travailler sur quelque chose qui réussira: trouver des planètes comme la Terre». Un jugement qui n’entame pas la confiance de Frank Drake. Bien au contraire. «Je pense que nous devrions réussir d’ici dix ans», parie-t-il. «Notre vie changera alors à tout jamais». (AFP)
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