Le très controversé archevêque d’Ayacucho, Mgr Juan Luis Cipriani, vient de provoquer un tollé à Lima en demandant que le ministre de la Santé soit «viré» du gouvernement pour avoir favorisé des stérilisations illégales de femmes et «transformé le Pérou en bordel». Accepter des stérilisations de femmes par ligatures de trompes, «c’est considérer que le Pérou est un bordel, et si le ministre de la Santé veut traiter les gens comme des animaux, il faut le virer» du gouvernement, a affirmé l’archevêque lors d’une réunion publique télévisée à Ayacucho (575 kilomètres au Sud-Est de Lima). Le ministre de la Santé Marino Costa Bauer est vivement critiqué depuis plusieurs semaines par l’Eglise catholique et l’opposition, qui l’accusent d’avoir permis des stérilisations de femmes de milieux défavorisés, non avertis, voire trompées sur le caractère réel de l’opération de ligature des trompes. «Pourquoi les responsables ne pratiquent-ils pas cette opération sur leurs mères, leurs épouses ou leurs filles, au lieu de le faire contre la population?», a demandé l’archevêque, avant de conclure: «S’ils pensent que l’activité humaine consiste seulement à se grimper les uns sur les autres, ils nous prennent pour des animaux». Sous le titre «Excès de chaire», le quotidien «Expreso», proche du gouvernement, a vivement réagi aux propos iconoclastes du prélat. «Par son exagération verbale, et non pour l’expression de son opinion, Mgr Cipriani fait passer en douce, non seulement son refus du libre arbitre des personnes, mais aussi sa critique du droit pour l’Etat péruvien d’avoir une politique de planification familiale», écrit-il. Explications Le président Alberto Fujimori a réaffirmé que la politique de contrôle des naissances de son gouvernement était menée «dans le respect total de la liberté des couples» concernés. Dans le même temps, le président de la commission de la Santé du Parlement, Jose Luis Davila, a regretté les «exagérations» de l’archevêque. Le parlementaire a également annoncé que le ministre de la Santé viendra s’expliquer dans les prochains jours devant la commission, après les accusations concernant plusieurs cas de stérilisations forcées et de décès post-opératoires. Le grand quotidien indépendant «El Comercio» a dénoncé la mort de plusieurs femmes des suites d’opérations de ligatures de trompes. Proche du président Fujimori et membre éminent de l’Opus Dei, Mgr Cipriani est réputé pour son franc-parler, particulièrement pour ses diatribes contre le terrorisme et ses critiques répétées contre la presse. Il avait joué un rôle important comme «garant» pour une issue pacifique de la crise des otages de décembre 1996 à avril 1997. L’archevêque, qui n’avait pas ménagé ses efforts pour réconforter les otages et éviter une effusion de sang, avait «craqué» en public, éclatant en sanglots au lendemain de la libération des otages par des unités d’élite de l’armée, le 22 avril. L’assaut avait fait 17 morts, les 14 membres du commando guévariste du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), deux officiers et l’un des 72 otages. Egalement membre de la commission de garants lors de la crise des otages et ami personnel du prélat, le ministre de l’Education Domingo Palermo a simplement déclaré qu’il «ne partageait pas les opinions» de Mgr Cipriani, qui pourraient mériter des «explications». (AFP)
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