Au centre commercial Spitzkrug de Francfort-sur-l’Oder (Est de l’Allemagne), la Pologne est déjà entrée dans l’Europe: les magasins ne font plus la différence entre le zloty et le sacro-saint deutschemark. Les clients polonais, nombreux dans cette région frontalière, peuvent payer désormais à leur gré dans leur monnaie nationale ou en DM. Ils n’ont plus besoin de passer dans un bureau de change avant de venir faire leurs courses en Allemagne. «Quoi de plus naturel? Cela fonctionne bien aux frontières allemandes à l’Ouest, pourquoi cela ne devrait-il pas aussi marcher à l’Est?» s’interroge le directeur du centre commercial, Ingo Rieck. «L’Europe doit devenir un seul et même ensemble», estime-t-il. A l’entrée des magasins, des affiches annoncent: «Vous pouvez aussi payer en zlotys». Dans les grands magasins, les caisses convertissent automatiquement la somme à régler en zlotys (les prix restant affichés en marks). Dans les plus petits, la caissière doit encore se munir d’une calculette. «100 zlotys = 51 DM», peut-on lire aux caisses, dans les boutiques associées à l’opération. La monnaie est rendue aussi en DM, ce qui simplifie les opérations de caisse. Seule difficulté, le zloty n’est pas convertible et les Allemands, qui ont déjà des problèmes avec l’euro, ne voient pas forcément d’un très bon œil ces devises venues de l’Est, synonymes pour eux de dévaluation. «Nous avons observé pendant longtemps la situation en Pologne. L’économie est en fait en plein boom, les fluctuations monétaires restent limitées», relève M. Rieck. L’important était de trouver une banque allemande, qui puisse reprendre les zlotys. La caisse d’épargne régionale, qui a conclu un accord avec une banque polonaise, garantit désormais un même cours de change pendant une semaine. «C’est un avantage pour les commerçants. Ils peuvent accepter une grosse somme sans craindre de n’en recevoir que la moitié le lendemain en DM», note M. Rieck. La réalité reste toutefois plus modeste, la plupart des clients polonais continuant en fait à payer en DM sans se soucier de la nouvelle opportunité qui leur est offerte. Beaucoup ont le réflexe de venir en Allemagne avec des marks ou pensent qu’ils obtiendront un meilleur taux de change en Pologne même si, selon M. Rieck, il n’y a guère de différence avec le cours proposé dans son centre. «Avec les préjugés qui ont cours, ils préfèrent peut-être aussi ne pas se faire remarquer à la caisse», suggère-t-il. La région de Francfort-sur-l’Oder a de fait mauvaise réputation après une série d’agressions xénophobes. Dans un grand magasin de bricolage, destination favorite de la clientèle polonaise, le chiffre d’affaires hebdomadaire en zlotys s’élève à quelques dizaines de marks seulement. La caisse d’épargne reprend en moyenne 11.000 marks (6.100 dollars) par mois. Une quarantaine de magasins (supermarché, électronique, mode, jouets…), soit environ les deux tiers des partenaires du centre, sont pourtant associés à l’opération. «L’important c’est de montrer que nous voulons avoir les Polonais comme clients», de les dissuader d’aller faire leurs courses plus loin, c’est-à-dire à Berlin, distant de 80 kilomètres de la frontière, souligne M. Rieck. Pour Kornelia Kuehn, directrice d’un magasin de jouets, l’enjeu est avant tout politique. «Nous faisons ainsi un pas en direction de la Pologne. C’est une manière de surmonter l’Histoire», dit-elle. (AFP)
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