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Actualités - Chronologie

Une solution diplomatique doublement favorable à l'Irak

Les Occidentaux s’en défendront peut-être, mais Saddam Hussein sort grand vainqueur de la solution diplomatique qui a fini par prévaloir dans la crise autour des armements irakiens, estiment les analystes du Moyen-Orient. Loin d’avoir affaibli l’intraitable leader irakien, comme les alliés l’espéraient, cette crise a renforcé son emprise en Irak même et son prestige dans la région. Pour la seconde fois en quatre mois, Saddam Hussein a déjoué les projets bellicistes de Washington, a réussi à diviser la communauté internationale et s’est raccommodé au passage avec certains de ses voisins. Il pourrait en outre avoir rapproché l’échéance d’une levée des sanctions internationales qui étranglent son pays depuis la fin de la guerre du Golfe, en 1991. Salué comme un héros par les foules arabes descendues ces derniers jours dans les rues de Jordanie, Cisjordanie et Egypte, le président irakien peut se targuer de surcroît d’avoir été complimenté par le secrétaire général de l’ONU. «Le président était très bien informé et maîtrisait parfaitement les faits. Je lui sais gré d’avoir fait en sorte que nous soyons francs, constructifs et, finalement, résolus à régler cette affaire diplomatiquement», a dit Annan à la presse. L’émissaire de l’organisation mondiale a précisé avoir eu des entretiens «très, très amicaux» avec le maître de Bagdad, que l’Occident, plus particulièrement les Etats-Unis, présentent comme un dictateur sans scrupules. Sans s’engager publiquement à une levée prochaine des sanctions, Kofi Annan a reconnu le bien-fondé de l’impatience irakienne en soulignant que le travail de désarmement de l’ONU devait s’achever dans un délai «raisonnable». Le secrétaire au Foreign Office lui-même, jusque-là solidaire des Etats-Unis, a jugé que ces sanctions pourraient en effet être levées «très bientôt» si Bagdad coopérait pleinement avec l’ONU comme il s’y est engagé auprès d’Annan. Bien qu’il ait été contraint à faire marche arrière en acceptant l’inspection sans entraves des sites présentés par l’Amérique comme «présidentiels», Saddam Hussein a obtenu une série de compensations diplomatiques et politiques. L’appui de l’homme de la rue Si ces contrôles, dans les deux ou trois prochains mois, ne permettent pas aux inspecteurs de débusquer un arsenal dangereux, les pressions internationales pour une levée des sanctions vont vraisemblablement s’accroître. «Saddam Hussein est gagnant sur deux tableaux, estime l’analyste palestinien Mahdi Abdel Hadi. D’abord vis-à-vis des autres dirigeants arabes, qui se sont tous prononcés contre le recours à la force. Plusieurs d’entre eux ont ouvertement renoué un contact direct avec lui et la Ligue arabe l’a relégitimé. Ensuite, l’Arabe de la rue a été à ses côtés tout au long de la crise, bien que l’Egypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne aient considérablement restreint les manifestations de solidarité». «Depuis l’invasion du Koweït, l’opinion arabe distinguait le plus souvent entre Saddam Hussein et le peuple irakien. Depuis la dernière crise, ce hiatus s’est comblé et il est devenu un héros pour beaucoup», toujours selon Abdel Hadi. Les pays arabes qui avaient pris parti contre Bagdad en 1991, comme le Maroc, l’Egypte et la Syrie, ont accueilli cette fois avec sympathie les émissaires irakiens au plus fort de la crise. «Les conséquences d’une frappe militaire auraient été dévastatrices. C’eût été la fin de la «pax americana» au Moyen-Orient», estime Rosemary Hollis, directrice des études moyen-orientales à l’Institut royal des affaires internationales de Londres. «Saddam Hussein a obtenu quelque attention pour les préoccupations de l’Irak, en créant l’occasion de faire venir les médias à Bagdad pour plaider sa cause et présenter une autre version des enjeux» du bras de fer, note-t-elle. Les dirigeants irakiens ne peuvent que considérer ce dénouement comme une victoire qui accroît leur marge de manœuvre, leur permet d’augmenter le volume de pétrole qu’ils sont autorisés à vendre pour acheter vivres et médicaments et hâte la perspective d’une levée des sanctions. Les dirigeants irakiens semblent être sortis de l’impasse et «les Américains perdent une occasion de frapper qui ne se présentera peut-être plus», ajoute-t-elle. Moustapha Hamarneh, directeur du Centre des études stratégiques à l’université d’Amman, convient que Saddam Hussein paraît sortir vainqueur de sa partie de poker avec Bill Clinton. «Si cet accord est fondé sur un compromis mutuel et que les Américains ne frappent pas, Saddam Hussein renforcera son prestige, sera considéré comme un homme d’Etat et un grand diplomate», dit-il. Le dirigeant irakien ne s’y trompe pas lui-même qui a proclamé «la victoire de la volonté des Irakiens sur celle du Mal», une journée «où les Irakiens ont réalisé des progrès alors que leurs ennemis ont fait retraite». (Reuters)
Les Occidentaux s’en défendront peut-être, mais Saddam Hussein sort grand vainqueur de la solution diplomatique qui a fini par prévaloir dans la crise autour des armements irakiens, estiment les analystes du Moyen-Orient. Loin d’avoir affaibli l’intraitable leader irakien, comme les alliés l’espéraient, cette crise a renforcé son emprise en Irak même et son prestige dans la région. Pour la seconde fois en quatre mois, Saddam Hussein a déjoué les projets bellicistes de Washington, a réussi à diviser la communauté internationale et s’est raccommodé au passage avec certains de ses voisins. Il pourrait en outre avoir rapproché l’échéance d’une levée des sanctions internationales qui étranglent son pays depuis la fin de la guerre du Golfe, en 1991. Salué comme un héros par les foules arabes descendues ces...