Dans le cadre du festival al-Bustan, une conférence a été donnée par Marcel Landowski, chancelier de l’Institut de France, compositeur, chef d’orchestre et ancien ministre choisi en 1960 par André Malraux et en 1986 par Jacques Chirac pour planifier l’éducation musicale de la France. Une expérience qui est à l’origine de la réorganisation de l’enseignement académique de la musique; de la création de 17 conservatoires répartis sur les 20 arrondissements de la capitale; de la réunion des théâtres lyriques nationaux entreprise en commençant par l’Opéra de Paris; d’un grand nombre de formations comme l’Orchestre de Paris (1967) qui a eu le bonheur d’être conduit par des chefs aussi prestigieux que Charles Munch, Herbert Von Karajan, George Solti, Daniel Barenboïm... mais aussi les formations de Lyon, Angers, Nantes, Stasbourg, Bordeaux, Toulouse. Dans ce cadre également, une politique de festivals a été encouragée. Si les moyens et les buts du développement artistique diffèrent d’un pays à l’autre, il reste toutefois d’incontestables similitudes partout dans le monde pour une éventuelle transposition. Et sur ce chapitre le Liban peut profiter du programme mis en place par M. Landowski... Programme qui découle d’abord et surtout d’une forte volonté de la part de l’autorité politique, souligne-t-il. Parce que la musique est un élément indissociable de la sensibilité de l’homme; parce que la musique s’est mondialisée permettant plus que toute autre forme d’art l’échange et la communication, «la nécessité de son enseignement dès le plus jeune âge est primordiale», dit M. Marcel Landowski. Dans les écoles où on privilégie la pensée rationnelle au détriment de la sensibilité, «nous risquons de former des infirmes de l’âme, privés de la dimension du monde artistique», déclare le conférencier. Aussi une ambitieuse politique musicale fut appliquée en 1962 sous le vocable «Plan décennal pour la musique en France». Quatre thèmes d’action: l’éducation, la diffusion, la création et les équipements. Créer des espaces temps musiques L’éducation tout d’abord. Sensibiliser le plus grand nombre en instaurant l’enseignement musical dans les établissements scolaires et ce, dès l’âge des classes maternelles. Eveiller l’intérêt de l’enfant pour la musique par des méthodes actives d’initiation, avant d’aborder le solfège. «Faire aimer la musique avant d’en apprendre la grammaire. Il faut tuer ce solfège qui tue la musique dans l’âme des petits enfants», dit-il en soulignant la nécessité de «créer des espaces de temps plus importants pour ces activités». Par ailleurs, une option musique dans le cadre du baccalauréat traditionnel a été rajoutée vers les années 70 en France. Quant aux conservatoires et écoles nationales, le diplôme de fin d’études doit être fondé sur trois certificats: instrumental, musique de chambre et humanisme musical. De même, l’implantation dans les métropoles et en province de nouveaux conservatoires ou d’écoles municipales agréés de musique. «Ce qui me paraît important dans l’expérience française , c’est la place qu’a occupée l’Etat dans tout ce processus, en déployant des moyens pour créer de nouvelles institutions et en associant l’Education nationale à ce dispositif», souligne le conférencier, mettant l’accent cependant sur la lourde machine administrative qui a freiné le développement des enseignements artistiques dans les écoles publiques. Aussi en 1986, et à la demande du premier ministre, alors Jacques Chirac, un vaste programme est élaboré pour la formation artistique des personnels enseignants; pour favoriser les interventions d’artistes en milieu scolaire et pour stimuler la coopération entre les établissements scolaires et universitaires et les organismes dépendants du ministère de la Culture. Action multiforme M. Landowski devait ensuite aborder le second volet : la diffusion. «En France, dans les années 60 et 70, nous étions confrontés à une tradition jacobine et centralisatrice, et à un discrédit de nos formations orchestrales...». Il a donc fallu instaurer une vie musicale décentralisée, sur la base des 22 régions existantes. Le public ayant désormais toutes possibilités de comparaison — autant pour les formations privées que publiques — «un régime de convention prévoit des droits et des obligations permettant un contrôle permanent de la qualité et du dynamisme des prestations». Quant à la création, «toute politique artistique se doit d’initier et développer une aide à la création. Mais en ce domaine , lorsque l’Etat prend les choses en main, le danger est de créer un art officiel. «L’air du temps» prend le pouvoir dans les commissions chargées de distribuer les commandes aux artistes et favorise inconsciemment tel ou tel courant musical, conservateur, d’avant-garde, néo-romantique ou autre... Pour échapper à cette difficulté, nous avons créé un organisme appelé «Musique nouvelle en liberté» qui a pour mission de laisser vivre en liberté le créateur...». Traitant ensuite du thème des équipements, le conférencier a mis l’accent sur la construction des locaux d’institutions pédagogiques ou musicales, des conservatoires, des écoles nationales de musique, de l’acquisition du matériel musical... «L’action doit être multiforme. L’Etat accompagne et soutient dans une limite de 50% les initiatives municipales, départementales et régionales ... Une bonne formule», conclut M. Landowski. Même la musique subit le phénomène de mondialisation: d’Occident en Extrême-Orient, grâce aux mutations technologiques et aux moyens massifs de diffusion, elle est plus que jamais langage universel... Il serait impératif que le Liban suive à son tour l’air du temps. May MAKAREM
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