La Jordanie craint plus que tout les retombées politiques et économiques d’une attaque américaine contre l’Irak en cas d’échec de la mission à Bagdad du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Politiquement, la Jordanie redoute qu’une telle frappe ne provoque un débordement du soutien populaire à l’Irak, dont les premiers signes se sont déjà manifestés à travers le pays. Un Jordanien de 23 ans a été tué vendredi «d’une balle perdue» à Ma’an (sud) et trois autres, dont un policier, ont été blessés, au cours d’un affrontement entre la police et des centaines de manifestants, brandissant des drapeaux irakiens. A Irbid (nord), un important déploiement policier a empêché la tenue d’une manifestation à l’appel de la puissante confrérie des Frères musulmans, selon des habitants. Les autorités ont banni les manifestations «de peur que des éléments liés à l’étranger n’en profitent pour tenter de déstabiliser le pays», selon le ministre de l’Intérieur Nazir Rashid. Les mesures de sécurité ont été renforcées autour de certaines ambassades et d’intérêts occidentaux à Amman, de peur «d’attentats, orchestrés par l’étranger», selon les autorités. «Tous ces interdits risquent d’élargir encore le fossé entre le peuple et le gouvernement», a affirmé un professeur de Sciences politiques qui a requis l’anonymat. «La lune de miel qui existait en 1991 entre la rue et le gouvernement, qui soutenait alors l’Irak, n’est plus qu’un souvenir. Aujourd’hui, le gouvernement, tout en souhaitant une solution diplomatique à la crise irakienne, estime que la responsabilité en incombe au régime irakien», a-t-il estimé. Selon lui, le peuple jordanien «blâme les Etats-Unis et considère qu’ils cherchent un prétexte pour désarmer l’Irak et affaiblir un pays arabe qui constitue une menace pour Israël». Une facture douloureuse Outre les risques de déstabilisation interne, la Jordanie aura beaucoup à perdre économiquement d’une frappe contre l’Irak. Une interruption de l’approvisionnement en pétrole irakien, dont elle est totalement dépendante, constituerait pour la Jordanie une facture quotidienne de 350.000 dollars, a affirmé un ministre jordanien chargé d’un portefeuille économique. «La Jordanie devra se tourner vers d’autres fournisseurs qui lui vendront le baril au prix du marché, c’est-à-dire 5 USD de plus que le brut irakien qui lui est fourni à des tarifs préférentiels», a-t-il déclaré sous le couvert de l’anonymat. Amman a décidé «d’acheter du pétrole sur le marché spot dès l’interruption éventuelle des fournitures de pétrole irakien, pour ne pas avoir à souffrir d’une rupture de stocks, puis de se tourner vers l’Arabie Séoudite pour importer du pétrole qui sera acheminé du port séoudien de Yanbou vers celui d’Akaba», sur la mer Rouge, a précisé ce ministre. Il a souligné par ailleurs le «gros problème social et économique» que constituerait pour la Jordanie un afflux éventuel de réfugiés en provenance d’Irak, qui a une frontière commune avec la Jordanie de plusieurs centaines de kilomètres. «La Jordanie souhaite limiter au maximum cet afflux et a décidé d’interdire l’entrée des Irakiens sur son territoire, mais pour des raisons humanitaires, elle ne pourra pas maintenir cette position», a-t-il dit. Il a souligné que le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) a informé la Jordanie qu’il «ne peut fournir d’assistance aux réfugiés, que si ces derniers sont en territoire jordanien et non de l’autre côté de la frontière comme le souhaite Amman». Le ministre a en outre indiqué que «le secteur du transport, qui participe à hauteur de 10% au PNB, serait perturbé», tout comme celui du tourisme qui serait «gravement affecté» et des industries légères fortement orientées vers le marché irakien. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Jordanie craint plus que tout les retombées politiques et économiques d’une attaque américaine contre l’Irak en cas d’échec de la mission à Bagdad du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Politiquement, la Jordanie redoute qu’une telle frappe ne provoque un débordement du soutien populaire à l’Irak, dont les premiers signes se sont déjà manifestés à travers le pays. Un Jordanien de 23 ans a été tué vendredi «d’une balle perdue» à Ma’an (sud) et trois autres, dont un policier, ont été blessés, au cours d’un affrontement entre la police et des centaines de manifestants, brandissant des drapeaux irakiens. A Irbid (nord), un important déploiement policier a empêché la tenue d’une manifestation à l’appel de la puissante confrérie des Frères musulmans, selon des habitants. Les autorités...