Emmitouflés pour se protéger du vent mordant, des milliers d’Irakiens s’entraînent au maniement des armes mais Bagdad, inquiète et blasée, n’a pas la fièvre guerrière devant les menaces américaines. Dans les cours d’écoles, sur les campus d’université et dans les parcs publics, jeunes et vieux, hommes et femmes, apprennent à marcher au pas ou à charger un mortier, à l’appel du président Saddam Hussein. Mis à part cet embrigadement, les préparatifs sont rares pour soutenir la campagne de bombardements dont les Etats-Unis menacent l’Irak s’il n’ouvre pas ses palais présidentiels, sans condition, aux inspecteurs de l’ONU chargés de le désarmer. «Pourquoi faire des stocks», demande Menahel Selfij, une directrice d’école pour filles. «Nous n’en avions pas fait pendant la première guerre (où les troupes irakiennes ont dû se retirer du Koweit en 1991) et les bombardements avaient duré 42 jours». «Nous espérons qu’il y aura une solution diplomatique», dit une mère de famille qui refuse de donner son nom. Imad Khoder, 42 ans, n’a pas eu plus de clients que d’habitude dans son épicerie. «Chez moi, à la maison, nous n’avons pas fait de préparatifs particuliers, dit-il. Nous avons l’habitude, nous avons tous des réserves de bougies et de pétrole». Quant à la nourriture, la plupart se reposent sur les rations alimentaires distribuées chaque mois par le gouvernement. Rares sont ceux qui auraient les moyens d’acheter des vivres supplémentaires sur le marché. Ce qui risque vraiment de manquer, c’est l’essence, explique un chauffeur de taxi. «En 1991, les raffineries avaient été touchées et dans les rues de Bagdad, il ne passait qu’une voiture toutes les quinze ou vingt minutes». Comme il est interdit de remplir des jerrycans à la pompe, il siphone son réservoir tous les soirs pour se constituer un stock dans son garage. Mais contrairement à la crise de novembre, il n’y a pas de file d’attente devant les stations-service. Pour l’entraînement militaire, les autorités ont demandé un million de «volontaires», à raison d’un par foyer. Les recrues ont reçu quelques armes, distribuées par le parti Baas au pouvoir depuis 1968, et ce sont des officiers qui leur apprennent à les manier. Les étudiants en éducation physique de l’université de Bagdad y passent aussi. Avec les professeurs, ils sont 800 à suivre l’entraînement, dit Shamal Kamal, 50 ans, vice-doyen de la faculté, portant le treillis militaire. Capuchon sur la tête, ou la tête rentrée entre les épaules pour éviter le vent mauvais, ils sont assis par petits groupes autour d’un instructeur qui leur montre comment démonter un fusil-mitrailleur, manier un lance-roquettes RPG-7 ou charger un mortier de 82 mm. Dans une école du quartier de Salhiya, des jeunes filles de 13 à 17 ans, uniformes bleu et foulard blanc, apprennent la théorie du fusil d’assaut, après s’être mis tant bien que mal en rangs par trois. «Repos, fixe, repos», les commandements des instructeurs ont du mal à dominer les brouhahas des conversations. L’un d’eux trouve pourtant que les filles sont plus intéressées que les garçons, parce que pour elles, tout est nouveau. Les anciens en ont vu d’autres. Ils sont des centaines à se retrouver dans un stade de football du plus grand lycée de Bagdad, moyenne d’âge 60 ans, en longs manteaux en poils de chameau. Au cri «à plat ventre», un vieux se met à quatre pattes en prenant son temps. A l’instructeur qui s’énerve, il répond goguenard: «Je n’ai plus quinze ans». Ses camarades s’esclaffent. Pourtant, peu avant, l’un d’eux s’est cassé la jambe. Les militaires lui ont rapidement placé des éclisses, et on l’a emporté vers l’hôpital dans une voiture particulière, faute d’ambulance. (AFP)
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