La bataille sur la féminisation des titres professionnels dans la langue française s’est accentuée avec l’entrée en lice d’une sommité linguistique qui a accusé les «Immortels» de l’Académie française, ces orthodoxes gardiens de la pureté grammaticale, «de confusion et d’incompétence». Il y a quelques jours plusieurs Immortels étaient intervenus auprès du président Jacques Chirac pour qu’il mette un terme à l’usage, abusif à leurs yeux, de l’appellation «Madame le ministre» dont usent «certaines des femmes qui ont l’honneur de faire partie» de l’actuel gouvernement. «Il n’apparaît pas que leurs décrets d’attributions confèrent aux ministres la capacité de modifier de leur propre chef la grammaire française et les usages de la langue», affirmaient les Immortels, en estimant qu’il y avait là atteinte à la langue française. Le mot ministre selon eux n’a qu’un seul genre, le masculin. Déplorant l’emploi chez les Québécois d’une «auteuse, une professeure, une écrivaine» et chez les Belges des «sapeuses-pompières», ils estimaient que «ce n’est pas à la France de donner l’exemple de semblables déviations et cela chez les membres du pouvoir exécutif». Dans une tribune publiée par le quotidien «Le Monde», Mme Josette Rey-Debove, codirectrice de la rédaction des dictionnaires Robert, a dénoncé avec pugnacité ces académiciens dont elle a mis en doute les compétences. «Pour respecter la langue française, il faut la connaître et pour la défendre, il ne suffit pas d’en faire usage avec un beau brin de plume», écrit-elle en ajoutant que dans leur supplique au chef de l’Etat, «la confusion, l’incompétence et la mauvaise foi rivalisent d’arrogance». «On se demande, a expliqué Josette Rey-Debove, comment une institution continue d’exercer un pouvoir sur la langue. Le premier dictionnaire de l’Académie française de 1694 avait été fait par des grammairiens, ce qui n’est plus le cas». «Les genres sont indépendants de la notion de mâle ou de femelle, sans préférence pour le masculin. C’est aussi une règle que le genre soit lié au sexe lorsque la forme du mot le permet: un élève/une élève, un architecte/une architecte». Josette Rey-Debove évoque les travaux sur la féminisation, parus au Journal officiel du 11 mars 1986, «dont l’Académie ne dit rien dans sa lettre» et affirme que cette règle «est appliquée dans 95% des cas». Depuis l’intervention des académiciens, plusieurs femmes membres de l’actuel gouvernement ou de précédents sont intervenues pour défendre le droit à l’égalité des femmes dans la grammaire française. Ségolène Royal, ministre de l’Enseignement scolaire, a ainsi souhaité que «la prochaine étape de l’évolution grammaticale» amène l’Académie à supprimer la règle du masculin l’emportant sur le féminin. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La bataille sur la féminisation des titres professionnels dans la langue française s’est accentuée avec l’entrée en lice d’une sommité linguistique qui a accusé les «Immortels» de l’Académie française, ces orthodoxes gardiens de la pureté grammaticale, «de confusion et d’incompétence». Il y a quelques jours plusieurs Immortels étaient intervenus auprès du président Jacques Chirac pour qu’il mette un terme à l’usage, abusif à leurs yeux, de l’appellation «Madame le ministre» dont usent «certaines des femmes qui ont l’honneur de faire partie» de l’actuel gouvernement. «Il n’apparaît pas que leurs décrets d’attributions confèrent aux ministres la capacité de modifier de leur propre chef la grammaire française et les usages de la langue», affirmaient les Immortels, en estimant qu’il y...