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Actualités - Chronologie

Cricket au Township

En Afrique du Sud, le «sport de l’homme blanc» est devenu celui de l’homme de couleur. Il est Noir ou Métis et son champion s’appelle Makhaya Ntini. Pour certains, il s’agit là d’une croisade à retard contre les injustices sociales. En clair: tout pour sortir du ghetto. Soweto n’est pas une promenade de santé. C’est l’avis unanime des clubs de cricket sud-africains, tous vaincus par l’équipe du township, pour sa première année en première division, symbole du succès multiracial de l’ancien «sport de Blancs» par excellence. Pas de projecteurs. Des vestiaires exigus. Des barbelés autour du parking. Un terrain inégal, béton par temps sec, éponge sous la pluie. Mais des «bowlers» (lanceurs) de feu. Le Soweto Cricket Club a fait mordre la poussière aux clubs visiteurs, tous blancs, et son président sourit. Reuben Tseladimitlwa en a entendu, lorsque son club fut promu à la fois sur ses résultats, mais aussi pour sa gestion saine. «Parti pris, discrimination positive, toutes ces choses-là. Aujourd’hui, nous sommes seconds au classement (sur 14) et ils ravalent leurs mots». Petit écrin de verdure, le terrain du Soweto CC paraît un peu incongru dans les rues sales et cahoteuses de Rockville, Soweto. Aussi incongru que l’élégant et technique cricket, «sport de l’homme blanc» avec le rugby, pouvait apparaître dans les townships. Du moins aux yeux de l’establishment sportif de l’apartheid. Le cricket entre en force dans les townships. Il s’ouvre aux Noirs et Métis, qui manient balle et batte avec appétit. Un Noir de 20 ans, Makhaya Ntini, vient d’écrire l’histoire en jouant – remarquablement – dans l’équipe nationale contre la Nouvelle-Zélande. Cinq Noirs et Métis brillent dans l’équipe sud-africaine des moins de 19 ans, favorite de la Coupe du monde. Partout dans le pays les panneaux publicitaires d’une banque sponsor proclament: «Voici le futur Hansie Cronje» (capitaine afrikaner de l’équipe nationale), avec la photo d’un enfant noir, batte en main. Un marketing agressif, un vaste programme d’initiation aux écoles et townships dès 8 ans, ont conduit depuis l’unification des fédérations noire et blanche, en 1990, à quadrupler le nombre de joueurs de cricket noirs: 146.00 pratiquants entre 13 et 18 ans, contre 123.000 Blancs. Par comparaison, 48.000 adolescents noirs épousent le rugby, contre plus de 109.000 Blancs. Le prosélytisme «que le cricket a mis en œuvre par envie, le rugby le fait par devoir», estime-t-on à la Fédération. En regrettant, symbole parmi d’autres, que seul le XV national de rugby refuse d’abandonner l’emblème du Springbok (antilope), associé à la minorité afrikaner, là où le XI de cricket par exemple a adopté la Protea (une fleur sud-africaine). Capitaine rebelle Certes Ntini, perfectible, est loin d’être titulaire régulier de l’équipe nationale. Et des grincements demeurent. Comme ces sélections provinciales, où d’excellents Noirs tardent étrangement à avoir leur chance. Comme cette équipe blanche du nord de Johannesburg, qui a défoncé à coup de battes la porte du vestiaire du Soweto CC, dans la rage de la défaite. «Nous sommes accusés d’un côté de brader le sport sur l’autel des races, en imposant 50% de jeunes non blancs dans les sélections de moins de 12 ans, et de l’autre de ne pas assez favoriser les jeunes Noirs», se plaint Khaya Majola, responsable du développement à la Fédération. Cet ancien capitaine de l’équipe nationale noire «rebelle» refuse de voir sa tâche comme une croisade contre les injustices raciales. «Je veux que le plus de jeunes possible, blancs, noirs, métis, indiens, jouent au cricket, pour accroître les chances de l’Afrique du Sud» d’être No1 mondial – elle oscille actuellement entre 2e et 3e place. Majola est convaincu qu’il y a «plein de talents, là, au-dehors» auxquels tout ce qui manqua était une chance, un droit d’exploser sous l’apartheid. Et sûr qu’une équipe d’Afrique du Sud multiraciale dominera le cricket mondial. «J’en rêve, et ça viendra, mais je ne sais pas quand». Au Soweto CC, la pluie a ajourné l’entraînement et les joueurs se pressent dans le club house autour de la télévision. Cricket? Non. Orlando-Hellenic, choc du championnat du sport-roi chez les Noirs, le football. Le président sourit: «Football, cricket aujourd’hui, rugby demain peut-être, tout ce dont les jeunes rêvent, c’est de ce qui les fera sortir du ghetto». (AFP)
En Afrique du Sud, le «sport de l’homme blanc» est devenu celui de l’homme de couleur. Il est Noir ou Métis et son champion s’appelle Makhaya Ntini. Pour certains, il s’agit là d’une croisade à retard contre les injustices sociales. En clair: tout pour sortir du ghetto. Soweto n’est pas une promenade de santé. C’est l’avis unanime des clubs de cricket sud-africains, tous vaincus par l’équipe du township, pour sa première année en première division, symbole du succès multiracial de l’ancien «sport de Blancs» par excellence. Pas de projecteurs. Des vestiaires exigus. Des barbelés autour du parking. Un terrain inégal, béton par temps sec, éponge sous la pluie. Mais des «bowlers» (lanceurs) de feu. Le Soweto Cricket Club a fait mordre la poussière aux clubs visiteurs, tous blancs, et son...