Mis en déroute jeudi dernier par les troupes de l’ECOMOG, les membres de la junte sierra-léonaise au pouvoir depuis le mois de mai dernier à Freetown n’avaient jamais réussi à convaincre ni à gouverner. Issus du maquis et n’ayant pratiquement jamais mis les pieds en ville, certains ministres côtoyaient au gouvernement de vieux officiers de carrière aux uniformes impeccables, comme des sous-officiers analphabètes, auteurs du coup d’Etat vus ensuite participant les armes à la main aux pillages de la capitale. Certains d’entre eux ont d’ailleurs rapidement quitté la capitale pour aller, pour leur propre compte, exploiter les sites diamantifères de l’est du pays. Les anciens rebelles étaient pour leur part humoristiquement qualifiés de «derniers touristes de Freetown», après qu’ils eurent «réquisitionné» trois des plus luxueux hôtels de la capitale pour y établir leurs bases. Sur les plages désertées par les touristes, comme au quartier général de l’armée, le camp Cockerill, les gamins dépenaillés, fusils d’assaut à la main, et bandeau rouge autour du front pour tout uniforme, participaient à l’anarchie ambiante. «Ce sont des va-nu-pieds qui ne comprennent que la force» aura été leur seule épitaphe lorsque le général nigérian Timothy Shelpidi a annoncé leur fuite et la prise de contrôle de la capitale par ses hommes. Le 25 mai 1997, les Sierra-léonais se réveillaient au son des communiqués inlassablement répétés par un inconnu total: le caporal Tamba Gborie annonçait la reprise du pouvoir par l’armée, moins de quatorze mois après la remise du pouvoir au président élu Ahmad Tejan Kabbah par la junte précédente. Les habitants de Freetown comprirent très vite que cette armée n’était pas très régulière, en constatant que le premier mouvement de troupes de la capitale n’avait servi qu’à libérer plusieurs centaines de prisonniers, dont l’un devait devenir célèbre. A peine sorti de la prison de haute sécurité de la route de Pademba, le commandant Johnny Paul Koroma — accusé quelques mois auparavant de tentative de coup d’Etat contre le régime du président Kabbah — fut porté à la tête du «Conseil révolutionnaire des forces armées» (AFRC), le nom que s’est donné la junte. Timide ou illuminé Timide selon certains, illuminé par sa foi comme plusieurs de ses ministres selon d’autres, Johnny Paul, dont les initiales se sont transformées en «Justice et Paix» sur certains graffitis, semblait singulièrement manquer de charisme et commençait à composer une équipe de gouvernement disparate, tentant d’endiguer le départ en exil des intellectuels. Vendredi, après moins de neuf mois au pouvoir, Johnny Paul Koroma, devenu lieutenant-colonel, n’était plus qu’un homme en fuite. Son second, Foday Sankoh, était pour sa part toujours prisonnier au Nigeria. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mis en déroute jeudi dernier par les troupes de l’ECOMOG, les membres de la junte sierra-léonaise au pouvoir depuis le mois de mai dernier à Freetown n’avaient jamais réussi à convaincre ni à gouverner. Issus du maquis et n’ayant pratiquement jamais mis les pieds en ville, certains ministres côtoyaient au gouvernement de vieux officiers de carrière aux uniformes impeccables, comme des sous-officiers analphabètes, auteurs du coup d’Etat vus ensuite participant les armes à la main aux pillages de la capitale. Certains d’entre eux ont d’ailleurs rapidement quitté la capitale pour aller, pour leur propre compte, exploiter les sites diamantifères de l’est du pays. Les anciens rebelles étaient pour leur part humoristiquement qualifiés de «derniers touristes de Freetown», après qu’ils eurent...