La Syrie et l’Union européenne vont entamer très prochainement des négociations pour un accord d’association impliquant des réformes radicales dans l’économie syrienne. Ces négociations visant à établir une zone de libre-échange dureront quelques années et «ne seront sans doute pas faciles», a estimé un diplomate européen tout en se félicitant du «choix stratégique» de la Syrie, un pays à économie dirigiste qui s’ouvre lentement depuis le début des années 90. Un accord d’association impose des «modifications profondes» dans le système économique, a souligné ce diplomate, notant que le processus d’adaptation serait «soutenu» par les Européens. Estimant que la Syrie ne «pouvait pas rester continuellement isolée», il a noté la nécessité de développer d’autres industries que celle du pétrole — première ressource de devises du pays et dont les réserves sont estimées à 9 milliards de barils —, comme l’industrie textile (la production de coton a dépassé 1 million de tonnes en 1997). Il a également préconisé l’ouverture aux investissements étrangers, très limités dans le pays. La Syrie est très protégée par des barrières fiscales et douanières qui vont être éliminées progressivement. «Les entreprises syriennes vont devoir être compétitives face aux entreprises européennes», a déclaré le diplomate. Privé des recettes douanières sur les produits européens importés par la Syrie (6 milliards de livres syriennes par an), le gouvernement devra trouver des fonds pour lancer des programmes de formation professionnelle et de restructuration de l’économie. Une étude publiée il y a quelques mois par le quotidien gouvernemental «Techrine» sur les résultats des négociations «exploratoires» syro-européennes qui ont eu lieu entre juillet 1996 et juillet 1997 s’interrogeait sur les mesures à prendre pour «préparer la Syrie à affronter une compétition industrielle difficile». L’étude dressait «un tableau sombre des performances industrielles» nationales, relevant en particulier le coût élevé et la qualité médiocre de la production industrielle du secteur public. Les secteurs des industries de transformation (textile, alimentaire, minière et d’équipements) seront, toujours selon cette étude, parmi les «plus touchés par l’accord» de partenariat avec l’Europe. Le vice-président de la Commission européenne, M. Manuel Marin, est attendu prochainement à Damas pour lancer officiellement les pourparlers. La Syrie et la CEE ont signé en 1977 un accord de coopération. Les deux premiers protocoles de l’accord, respectivement de 72 et 116,4 millions de dollars, conclus en 1977 et 1982, ont servi à financer divers projets de développement. Les 3e et 4e protocoles financiers, d’un montant total de 87 millions de dollars, signés au début des années 90, ont été bloqués jusqu’en 1994 par le Parlement européen en raison du «non-respect des droits de l’homme» en Syrie, avant d’être utilisés pour des réformes sectorielles. En revanche, les prêts de la BEI (Banque européenne d’investissement), d’un montant total de quelque 250 millions de dollars, restent bloqués en raison de dettes syriennes impayées à certains pays membres de l’UE. Parallèlement, quelque 65 millions de dollars ont été alloués à la Syrie pour la période 1996-1998 par le fonds MEDA, programme européen d’assistance au pays du Bassin méditerranéen, qui seront consacrés à la modernisation des structures administratives et du secteur privé. Selon le bureau central syrien des statistiques, la Syrie a importé de l’UE en 1996 pour environ 400 millions de dollars et exporté vers l’Europe pour quelque 550 millions de dollars. (AFP)
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