Allemagne : des économistes réclament le report de l'UEM
le 10 février 1998 à 00h00
La Cour constitutionnelle a fait savoir lundi qu’elle ne s’était pas encore prononcée sur la recevabilité d’une plainte déposée récemment auprès d’elle par quatre universitaires allemands pour faire obstacle au lancement de l’Union économique et monétaire européenne (UEM). Un porte-parole de cette instance, qui a noté qu’elle avait encore la possibilité de rejeter cette action comme irrecevable ou dénuée de tout fondement, a précisé que des débats sur ce dossier seraient organisés à sa deuxième chambre fin février. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a dit aussi qu’elle n’avait toujours pas pris de décision sur une éventuelle consultation officielle du gouvernement, du Parlement ou d’autres instances sur cette affaire. La plainte a été déposée par les professeurs Karls Albrecht Schachtschneider, Wilhelm Hankel et Joachim Starbatty, et par Wilhelm Noelling, un ancien membre du conseil de politique monétaire de la Bundesbank. Les quatre plaignants font valoir que le lancement de l’UEM comme prévu début 1999 constituerait une violation des droits élémentaires des citoyens allemands en les obligeant à renoncer au mark, monnaie reconnue pour sa solidité, et à adopter une monnaie bien plus faible. La «bande des quatre», comme on les surnomme, a saisi la cour constitutionnelle le mois dernier et constitué un dossier de plainte de 350 pages. Lettre ouverte de 155 économistes Parallèlement à l’action intentée par ces quatre universitaires, plus de 150 professeurs d’Economie allemands réclament dans une lettre adressée à la presse un report de l’UEM, estimant que les conditions ne sont pas encore réunies pour son lancement. Dirigés par Manfred Neumann, qui enseigne l’économie à l’université de Bonn, ces 155 enseignants exposent leur point de vue dans une lettre adressée simultanément au Financial Times britannique et au journal allemand Frankfurter «Allgemeine Zeitung». S’ils admettent dans cette lettre ne voir aucune alternative à l’intégration européenne et à la monnaie unique, ces professeurs affirment que son lancement prévu au 1er janvier 1999 leur semble prématuré. «La situation actuelle de l’économie ne convient absolument pas au lancement de l’Union monétaire, peut-on lire dans cette lettre. Un report ordonné de quelques années complété par des conditions sur des progrès supplémentaires en matière d’assainissement budgétaire doit être sérieusement envisagé comme option politique». Lourd fardeau Ces professeurs estiment que les efforts d’assainissement budgétaire ont été entamés trop tard et sans suffisamment de détermination et que les gouvernements des principaux pays de l’Union n’ont pas suffisamment réduit leurs déficits. Ils observent en outre que, plutôt que de baisser, le taux moyen d’endettement des pays de l’Union européenne s’est accru de 15 points de pourcentage depuis 1991, «en opposition avec l’esprit du traité (de Maastricht)». Parmi les arguments qu’ils avancent, ils affirment aussi que le «pacte de stabilité» ne peut pas garantir la discipline budgétaire ou la stabilité de la monnaie unique. Les auteurs de la lettre mettent également en avant l’aggravation du chômage en Europe, observant que la France et l’Allemagne — les moteurs de l’intégration européenne — ne sont pas bien préparées pour les rapides transformations structurelles et le renforcement de la concurrence auxquels elles devraient faire face dans une union monétaire. «Le lancement de l’Union monétaire aurait à assumer un lourd fardeau si l’on s’attendait à ce que l’euro soit faible — à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union monétaire», concluent ces 155 professeurs d’économie. (Reuters)
La Cour constitutionnelle a fait savoir lundi qu’elle ne s’était pas encore prononcée sur la recevabilité d’une plainte déposée récemment auprès d’elle par quatre universitaires allemands pour faire obstacle au lancement de l’Union économique et monétaire européenne (UEM). Un porte-parole de cette instance, qui a noté qu’elle avait encore la possibilité de rejeter cette action comme irrecevable ou dénuée de tout fondement, a précisé que des débats sur ce dossier seraient organisés à sa deuxième chambre fin février. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a dit aussi qu’elle n’avait toujours pas pris de décision sur une éventuelle consultation officielle du gouvernement, du Parlement ou d’autres instances sur cette affaire. La plainte a été déposée par les professeurs Karls Albrecht...
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