Les propos à l’emporte-pièce, voire les gaffes dont le président Boris Eltsine est coutumier, ont obligé ces derniers temps son entourage à de fréquentes et subtiles «explications» pour éviter des confusions parfois dangereuses. Son apostrophe lancée mercredi à Bill Clinton sur les risques de «guerre mondiale» et réitérée le lendemain jeudi — à propos des menaces américaines contre l’Irak — a notamment provoqué d’intenses échanges diplomatiques entre Moscou et Washington. Le porte-parole du Kremlin Sergueï Iastrjembski a d’abord dû expliquer aux médias américains survoltés que le président n’avait jamais eu l’intention d’attaquer directement les Etats-Unis en cas de frappe contre l’Irak. «Eltsine est déjà un homme connu pour ses remarques à l’emporte-pièce, ou mêmes idiotes, je crois qu’il était un peu échauffé», commente dans le quotidien anglophone «Moscow Times» le directeur du Centre international d’études stratégiques à Moscou, Vitali Naumkine. La Maison Blanche, pour sa part, s’est repliée derrière les explications de M. Iastrjembski pour éviter de commenter les propos de M. Eltsine, un geste condescendant envers le président russe, apparemment de moins en moins pris au sérieux sur la scène internationale. Les avis sont partagés sur l’interprétation des déclarations fracassantes de M. Eltsine, certains y voyant un geste politique réfléchi, même si exprimé maladroitement, d’autres une nouvelle indication du manque de rigueur intellectuelle du président. Certes, note le quotidien libéral «Nezavissimaïa Gazeta», «le vocabulaire de la déclaration de Eltsine laisse comme toujours à désirer, mais cela n’a strictement aucune importance: il fallait faire comprendre aux Etats-Unis qu’ils sont allés trop loin». «C’est Iastrjembski qui est devenu depuis peu notre président, estime pour sa part le politologue Andreï Piontkovski. Le président Eltsine profère comme une pythie, et Iastrjembski interprète ses paroles». La composition de l’entourage direct du président, selon cet analyste, ne doit rien au hasard. Depuis sa réélection en juin 1996 à l’âge de 65 ans, Boris Eltsine est constamment flanqué de son porte-parole, un diplomate expérimenté, et de sa fille cadette Tatiana, devenue officiellement conseillère en image du chef de l’Etat. L’intervention la plus délicate de M. Iastrjembski remonte au voyage de Boris Eltsine en Suède en décembre. Le président avait alors commis d’énormes bourdes, citant le Japon et l’Allemagne parmi les puissances nucléaires, et annonçant impromptu un désarmement russe unilatéral, immédiatement démenti par le ministre de la Défense et par M. Iastrjembski. «Ces excès verbaux prouvent qu’il n’est plus en phase avec la réalité, commente durement Andreï Piontkovski. Peut-être cela est-ce dû à l’état de ses vaisseaux cérébraux, mais on ne peut pas exclure non plus une certaine incontinence verbale». Des sources médicales haut placées avaient affirmé, lors de la dernière hospitalisation du président pour un «refroidissement», que Boris Eltsine avait en réalité subi un spasme cérébral. Le Kremlin a toujours formellement démenti cette information. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les propos à l’emporte-pièce, voire les gaffes dont le président Boris Eltsine est coutumier, ont obligé ces derniers temps son entourage à de fréquentes et subtiles «explications» pour éviter des confusions parfois dangereuses. Son apostrophe lancée mercredi à Bill Clinton sur les risques de «guerre mondiale» et réitérée le lendemain jeudi — à propos des menaces américaines contre l’Irak — a notamment provoqué d’intenses échanges diplomatiques entre Moscou et Washington. Le porte-parole du Kremlin Sergueï Iastrjembski a d’abord dû expliquer aux médias américains survoltés que le président n’avait jamais eu l’intention d’attaquer directement les Etats-Unis en cas de frappe contre l’Irak. «Eltsine est déjà un homme connu pour ses remarques à l’emporte-pièce, ou mêmes idiotes, je crois...