«Marie-Antoinette», le nouvel opéra du compositeur suédois Daniel Boertz, qui a passé la rampe avec succès lors de sa première mondiale au Folkoperan à Stockholm, raconte une histoire d’amour belle et cruelle, tendre et dramatique entre la reine de France et le comte suédois Axel de Fersen. Ami de la reine, conseiller de la famille royale dont il avait préparé la fuite de Varennes, Fersen était aussi l’amant de Marie-Antoinette. Claes Fellbom laisse peu de doute à ce sujet dans le livret qu’il a écrit et mis en scène, même si la liaison intime entre «Axel et Marie» est présentée avec une grande pudeur. «La musique belle et cruelle de Boertz s’est imposée, mais l’histoire d’amour de Marie-Antoinette soulève des questions», souligne le quotidien «Dagens Nyheter». «L’amour n’a pas été consommé dans l’opéra», estime pour sa part le journal «Svenska Dagbladet». Parlé/chanté Dans deux grandes scènes d’amour en contrepoint avec les péripéties de la Révolution française, c’est la reine qui fait le premier pas. Face à l’ami fidèle et dévoué, présenté comme un aristocrate idéalisé au service de la monarchie, Marie-Antoinette attire Fersen pour un premier baiser après une grande fête au Trianon, puis dans ses bras, lorsqu’il revient la voir, au péril de sa vie, à Paris, pour une visite clandestine, aux Tuileries en 1792. La soprano Christina Hoegman campe une Marie-Antoinette flamboyante et ses duos avec le baryton Olle Persson, un Fersen avec une forte présence, constituent les points culminants de l’opéra, portés par les lignes mélodiques de Boertz. Dans les scènes de masse révolutionnaires, à Versailles ou à la Bastille, la musique tonale s’efface souvent pour laisser place à une alternance parlé/chanté dont les chanteurs se tirent habilement par leur présence et une mise en scène animée avec des costumes éclatants. Claes Fellbom a construit et monté l’opéra tel un film, avec des flash-back et des fondus enchaînés qui jouent beaucoup sur les effets de lumière. l’opéra s’ouvre, revient et se termine dans les rues de Stockholm où Fersen a trouvé une fin tragique en 1810, lapidé par le peuple dix-sept ans après l’exécution de Louis XVI et Marie-Antoinette. La scène du Folkoperan est coupée sur toute sa longueur par un large escalier facilitant l’action sur deux niveaux et le passage instantané d’une scène à l’autre. le décor de Werner Hutterli est sobre, dominé par une passerelle métallique, coupée en deux, sur laquelle se retrouvent pour leur premier baiser Axel et Marie, comme cachés dans une allée de bosquets. Caricaturés Dans la distribution, principalement suédoise, de très bonne qualité, se distinguent le ténor Fredrik Zetterstroem en Louis XVI débonnaire, poltron, la mezzosoprano Marianne Ekloef, une Madame de la Motte intrigante, le ténor américain Stephen Smith, un cardinal de Rohan amouraché de la reine, et la soprano Ann Hallenberg, en princesse Lamballe, fidèle amie de Marie-Antoinette, qui finit comme elle décapitée. A part «Axel et Marie», les personnages historiques sont un peu caricaturés, Claes Fellbom ayant pris le parti d’une parodie de la Cour et d’une liaison amoureuse profonde sur fond de toile historique, rythmé par une musique dramatique et mélodique. «Marie-Antoinette» dont les premières représentations se jouent à guichets fermés, sera donné jusqu’à fin avril au Folkoperan avant de partir en tournée européenne en mai à Brighton, en juin à Lisbonne et Copenhague, puis à la mi-juillet à l’Opéra-comique à Paris. «J’attends avec anxiété la réaction française à ma version de Marie-Antoinette», a soufflé Claes Fellbom après la première, accueillie par une ovation debout du public suédois. (AFP)
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