Armé d’un talent de Sherlock Holmes et de vastes connaissances en art, un expert allemand a fait éclater l’incroyable histoire de la fausse «collection Helene Anderson», photos des années 20 et 30 vendues des millions de dollars par la célèbre maison londonienne Sotheby’s. Helene Anderson a bel et bien existé, mais la magnifique collection mise aux enchères le 2 mai dernier n’a rien à voir avec cette obscure Allemande née à Bunzlau, en Silésie (actuelle Pologne), a expliqué Herbert Molderings, historien de la photo d’art des années d’entre-guerre et enseignant à l’université de Bochum (ouest). Il s’en est ouvert dans une contribution au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) parue le 29 janvier dernier, tandis que, lundi, Sotheby’s se voyait contrainte d’ouvrir une enquête sur la provenance exacte de la fameuse collection. La «collection Helene Anderson» fait surface, à la surprise générale des experts, en 1996, avec des photos de tous les grands de l’entre-guerre: Moholy-Nagy, Man Ray ou Rodtchenko. Sotheby’s l’expose à Francfort, Cologne et Berlin, avant de la mettre en vente le 2 mai 97 à Londres où elle bat des records: 2.061.590 livres (6 millions de marks, 3,3 millions de dollars). Or, M. Molderings, qui s’est penché pendant des années dans des tonnes de documents pour ses recherches personnelles sur le photographe berlinois du Bauhaus, Umbo, repère qu’un des lots est constitué de photos achetées en 1929 par le directeur du Musée de Zwichau, Hildebrand Gurlitt. Insolite Il met en garde le responsable de la vente chez Sotheby’s, Philippe Garner, la veille des enchères, s’inquiétant que les photos aient pu être pillées après la guerre. Il lui demande s’il a «le moindre bout de papier» établissant l’origine des tableaux. «Il n’avait aucun document et s’est contenté de dire que le vendeur avait signé un papier où il affirmait être le propriétaire», dit-il en s’indignant de tant de légèreté pour une collection aussi fabuleuse. Entre-temps, l’historien a retracé la provenance de nombreuses photos. Ainsi, de 8 photos du 19e siècle, insolites dans l’ensemble, dont il a repéré la vente dans une correspondance entre le Musée de Luebeck et Hildebrand Gurlitt, qui a monté l’essentiel de la collection. Non pas pour Helene Anderson, mais pour un industriel de Dresde (Est), Kurt Kirchbach. La collection Kirchbach a même été exposée à Hambourg en 1932 et l’historien a retrouvé les articles de la presse locale de l’époque qui publient des descriptions de photos identiques à celles de la prétendue «collection Helene Anderson». Kirchbach constitue sa collection de 1929 à 1932, puis arrête et la cache, car, entré au parti nazi NSDAP en 1933, il ne veut pas être compromis par la possession «d’art dégénéré». Après la guerre, il fuit l’avancée de l’Armée rouge. Il meurt à Fribourg (Sud) en 1967. Sa veuve, Hildegard, décède en 1995 dans une maison de retraite à Bâle, en Suisse. Elle fait de son avocat, qui habite à Zurich, son légataire universel, lui laissant ainsi une belle collection de peintures. Mais, de photos, point. Un an plus tard, la «collection Anderson» surgit chez Sotheby’s. M. Molderings se lance à la recherche d’Helene Anderson, devenue Burdack par son mariage. Elle est décédée en 1970 à Francfort. Or, Burdack est aussi le nom de la directrice de la maison de retraite où est décédée Mme Kirchbach. Le signalement du mari de Mme Burdack, handicapé de la parole et de la marche depuis une attaque, correspond à celui du mystérieux et anonyme vendeur de la «collection Anderson», a établi M. Molderings en discutant avec Philippe Garner. Pourquoi le vendeur a-t-il débaptisé cette collection et a-t-il caché son origine? S’agit-il d’un don de Mme Kirchbach à la directrice de sa maison de retraite ou d’un vol? L’avocat légataire de Mme Kirchbach est maintenant à la recherche du vendeur et des réponses à ces questions. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Armé d’un talent de Sherlock Holmes et de vastes connaissances en art, un expert allemand a fait éclater l’incroyable histoire de la fausse «collection Helene Anderson», photos des années 20 et 30 vendues des millions de dollars par la célèbre maison londonienne Sotheby’s. Helene Anderson a bel et bien existé, mais la magnifique collection mise aux enchères le 2 mai dernier n’a rien à voir avec cette obscure Allemande née à Bunzlau, en Silésie (actuelle Pologne), a expliqué Herbert Molderings, historien de la photo d’art des années d’entre-guerre et enseignant à l’université de Bochum (ouest). Il s’en est ouvert dans une contribution au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) parue le 29 janvier dernier, tandis que, lundi, Sotheby’s se voyait contrainte d’ouvrir une enquête sur la provenance...