Baronne de Brondesbury: Valerie Amos, l’ancienne petite immigrée de Guyane, ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’elle prononce le titre aristocratique ronflant qu’elle a reçu en devenant la première femme noire de la vénérable Chambre des lords. Qu’elle le veuille ou non, cette femme de 43 ans, qui a conquis ses véritables lettres de noblesse dans la lutte pour l’égalité raciale et l’aide à l’Afrique du Sud, est devenue un symbole d’intégration pour les quelque 900.000 Britanniques originaires des Antilles ou d’Afrique. «Je ne peux y échapper, ma nomination a une grande importance pour les minorités ethniques de ce pays. Les gens sont très fiers car cela leur donne une visibilité dans cette société», souligne-t-elle. Mme Amos a été faite pair à vie le 23 octobre dernier, en reconnaissance de ses mérites, par la grâce du premier ministre Tony Blair, soucieux d’insuffler un vent nouveau dans la Chambre haute du Parlement. Une petite révolution dans ce temple de l’immobilisme, gardien vigilant des traditions depuis huit siècles. L’ancienne directrice de la commission pour l’égalité des chances de 1989 à 1994 en Grande-Bretagne reconnaît se perdre encore un peu dans le cérémonial compassé de la Chambre des lords. Ses yeux pétillent à l’évocation de son intronisation en cape rouge dans le palais de Westminster, procession de 11 minutes très précises qui impose à l’impétrant de s’incliner à six reprises devant son président. Un honneur pour cette fille d’instituteurs qui avait débarqué avec sa famille un beau jour de 1964 dans une petite ville du Kent (sud-est), en provenance de Guyane. «Je n’en revenais pas, j’étais la première femme afro-antillaise dans cet endroit», dit-elle. Consécration Elle avoue parfois se sentir un peu seule sur les bancs lustrés de cuir rouge de la grande salle où siègent de vieux messieurs très sérieux engoncés dans leurs costumes stricts et la fine fleur de l’aristocratie britannique, ces pairs héréditaires que le gouvernement travailliste envisage de supprimer. «Nous avons besoin d’une Chambre qui reflète la société moderne, avec plus de femmes (elles ne sont que 97 sur 1.275 pairs) et plus de représentants des minorités ethniques» (il n’y avait avant elle qu’un lord d’origine asiatique), dit-elle. L’arrivée chez les lords est une consécration pour cette femme qui œuvre depuis plus de 15 ans contre la discrimination raciale et sexuelle, d’abord dans les quartiers de Londres à forte densité d’immigrés, comme Hackney, puis en Afrique du Sud. Sa passion pour l’ancien pays de l’apartheid avait commencé après l’élection de Nelson Mandela et ne s’est pas éteinte. Très impliquée dans les organisations caritatives, elle conseille depuis plus de trois ans le gouvernement sud-africain sur des projets de développement et dans la réforme des services publics. «Il y a beaucoup de problèmes là-bas mais j’ai confiance, il y a suffisamment de Blancs qui sont prêts à bâtir un nouveau pays», dit-elle. Un optimisme qu’elle ne partage pas toujours sur la Grande-Bretagne, dont 2,5 millions de citoyens sont d’origine asiatique, afro-antillaise ou africaine. «La difficulté ici est d’arriver à ce que les gens reconnaissent que la diversité apporte un plus à la société. Dans beaucoup de domaines, les choses ne changent pas», se plaint Mme Amos. Son intronisation sans précédent dans la Chambre haute du Parlement pourrait néanmoins avoir ouvert une brèche. M. Blair vient de mettre sur pied une commission chargée de réfléchir à une meilleure représentation des minorités ethniques dans le pays. Parmi les priorités envisagées: des nominations plus nombreuses chez les lords. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Baronne de Brondesbury: Valerie Amos, l’ancienne petite immigrée de Guyane, ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’elle prononce le titre aristocratique ronflant qu’elle a reçu en devenant la première femme noire de la vénérable Chambre des lords. Qu’elle le veuille ou non, cette femme de 43 ans, qui a conquis ses véritables lettres de noblesse dans la lutte pour l’égalité raciale et l’aide à l’Afrique du Sud, est devenue un symbole d’intégration pour les quelque 900.000 Britanniques originaires des Antilles ou d’Afrique. «Je ne peux y échapper, ma nomination a une grande importance pour les minorités ethniques de ce pays. Les gens sont très fiers car cela leur donne une visibilité dans cette société», souligne-t-elle. Mme Amos a été faite pair à vie le 23 octobre dernier, en reconnaissance de ses...